Acomptes sur salaire : la demande explose chez les salariés
Acomptes sur salaire : la demande explose

Les demandes d'acompte et d'avance sur salaire connaissent une forte progression dans les entreprises françaises, selon plusieurs cabinets de gestion de paie interrogés. Face à des dépenses qui s'étalent sur tout le mois et un pouvoir d'achat sous pression, de plus en plus de salariés n'arrivent plus à boucler leur budget sans solliciter un versement anticipé de leur rémunération.

Une « vraie tendance » confirmée par les chiffres

« On note une vraie augmentation de ces demandes d'acompte », explique Aude Ferrary, responsable du service paie et RH et juriste pour TPLPaye, cabinet de gestion de paie. « Sur les 60 000 bulletins de salaire d'entreprises de moins de 300 salariés que nous gérons sur l'ensemble du territoire national, j'estime à environ 10 % l'augmentation de demande d'acompte, ce qui n'est pas non plus significatif à notre échelle », tempère la spécialiste. « C'est certainement en lien avec le contexte économique, l'inflation. C'est en tout cas une vraie tendance. »

Le 15 du mois n'est plus seulement une simple date sur le calendrier. Pour certains salariés, c'est désormais le moment où une partie du salaire déjà gagné peut être débloquée, de quoi finir le mois, faire patienter son banquier, ou répondre à une dépense imprévue.

Les avances sur salaire, plus rares mais en hausse

Plus inquiétant, l'avance sur salaire, qui, à la différence de l'acompte, n'est pas obligatoirement accordée par l'entreprise car non encadrée par le Code du travail, augmenterait également. « Ces avances étaient extrêmement rares il y a une dizaine d'années, alors qu'aujourd'hui, les entreprises font face à de nombreuses demandes, plus même que de demande d'acompte. Et cela concerne surtout les bas salaires », détaille Aude Ferrary. « Mais toutes ne sont pas acceptées car il peut y avoir un risque pour l'entreprise, même juridique, car l'entreprise n'est pas une banque. »

Stairwage, autre agence qui s'occupe de la gestion des feuilles de paie d'environ 200 000 salariés pour 400 entreprises, confie au journal Le Monde que 12 % des salariés concernés effectuent chaque mois au moins une demande d'acompte, soit une forte progression en 2025 et 2026.

Les entreprises dans la nécessité de s'adapter

Même sentiment chez In Extenso, autre agence d'expertise et de gestion des paies. « Il y a effectivement une forte augmentation des acomptes et avances sur salaire », explique Lila Cluzel, directrice régionale des affaires sociales en Auvergne-Rhône-Alpes, qui gère 19 000 feuilles de paie par mois. « Sur la dernière année, on arrive même à des phénomènes où certains salariés arrivent avec quasiment plus de salaire à la fin du mois. D'autres, après l'acompte du 15, arrivent en fin de mois et demandent une avance sur salaire pour boucler leur budget, payer leur loyer… Alors les entreprises s'adaptent aux besoins de leurs salariés, à la réalité économique. »

Autre tendance, « il y a aussi une augmentation des montants et du nombre des "avis tiers détenteur" », estime Lila Cluzel. « Ce sont les saisies sur salaires d'employés qui ne peuvent pas payer certains impôts, des amendes, etc. L'employeur est alors notifié de devoir saisir lui-même le salarié sur sa feuille de paie. »

Des acomptes et des avances sur salaire qui occasionnent « dans les entreprises une certaine demande d'agilité administrative », souligne Lila Cluzel. « Car à chaque fois qu'un acompte est fait, il faut forcément noter sa traçabilité, déduire en paie, et dans les TPE ou petite PME, on n'a pas forcément un process d'acompte structuré car cela se règle en général à la personne, donc forcément avec une pression plus importante au niveau administratif… et donc un risque d'erreur. Alors que dans des grosses structures, cela se gère par flux d'acomptes. »

À ce jour, s'il n'existe pas vraiment de relevé centralisé avec le nombre précis de demandes d'acompte et d'avances sur salaire, la tendance au versement anticipé du salaire, assurent les spécialistes contactés, sort progressivement du registre de la demande exceptionnelle pour devenir, dans certaines entreprises, un outil de gestion budgétaire utilisé régulièrement. Pour les salariés, c'est une façon ultime de s'en sortir sans avoir à demander un prêt auprès d'une banque pour boucler sa fin de mois.