Marcel Dassault : une empreinte indélébile sur l'industrie aquitaine
Le 17 avril 1986, la France perdait Marcel Dassault, figure emblématique de l'industrie aéronautique. Deux jours plus tard, un article révélait l'impact considérable de l'avionneur en Aquitaine, particulièrement en Gironde où deux usines stratégiques à Mérignac et Martignas employaient près de 2 000 personnes. Aujourd'hui encore, cet héritage industriel continue de façonner le paysage économique régional.
Des racines profondes dans le Sud-Ouest
Les avions Marcel Dassault ont développé des racines solides et anciennes dans le Sud-Ouest français. Actuellement, environ 4 500 salariés travaillent dans les cinq usines aquitaines du groupe, témoignant de l'ancrage territorial durable de cette entreprise d'exception.
Les établissements de la Côte basque, qui emploient 1 910 personnes, se sont spécialisés dans les structures du Mirage 2000 et ont acquis une renommée internationale dans le domaine des matériaux composites. Cette expertise technique place la région au premier plan de l'innovation aéronautique mondiale.
Les pôles industriels girondins
L'unité de Mérignac en Gironde, avec ses 1 600 salariés, se consacre à l'assemblage des différentes familles de Mirage et pilote intégralement les programmes civils Falcon. Sa sœur de Martignas, plus modeste en taille, s'est spécialisée dans la fabrication des voilures et assemble également le fuselage du Falcon 900, le fleuron de la gamme civile.
Enfin, environ 300 employés travaillent au centre d'essais en vol de Sanguinet, situé à proximité immédiate de la base aérienne de Cazaux. Cet écosystème complet démontre l'intégration verticale réussie de l'entreprise dans la région.
Une relation patronale exceptionnelle
Dans ces territoires sans grande tradition industrielle, les usines Dassault ont toujours occupé une place particulière. Les salaires y sont nettement supérieurs à la moyenne régionale, un avantage qui s'explique par la rémunération généralement élevée dans le secteur aéronautique, mais aussi par la philosophie généreuse de Marcel Dassault lui-même.
Bernard Erviti, secrétaire CFDT du comité central d'entreprise, se souvient avoir vu le « patron » signer personnellement un chèque de 1,5 million de francs pour financer le « mur à gauche » manquant au complexe sportif du comité d'établissement d'Anglet et Biarritz. Cette générosité légendaire contribuait à l'estime profonde que le personnel portait au fondateur.
Raoul Rouot, directeur de l'usine de Mérignac, souligne : « Chacun ici ressent la nécessité d'en faire un peu plus que son travail strict. » Même la CGT de la même usine, en s'associant à la tristesse des salariés après le décès de Marcel Dassault, reconnaissait les liens profonds tissés au fil des années entre le vieil homme au chapeau et le syndicat le plus combatif.
Un horizon incertain après la disparition
La mort de Marcel Dassault assombrit un horizon déjà terni ces dernières années. Les effectifs et les horaires ont diminué dans les usines régionales et chez les sous-traitants. Les commandes de Mirage 2000 sont moins nombreuses qu'espéré, et les autres avions militaires arrivent en fin de série.
Dans l'immédiat, les espoirs de redressement reposent principalement sur le Falcon 900, déjà commandé à neuf cents exemplaires. Cette situation délicate soulève la question cruciale de la succession, le PDG en titre Benno-Claude Vallières, alors âgé de 75 ans, ne pouvant assurer qu'un intérim prolongé.
L'État, qui détient la majorité de fait dans la société, aura un rôle déterminant à jouer dans cette transition. Cependant, il devra composer avec les cadres de l'entreprise, peu enclins à accepter un dirigeant étranger susceptible de remettre en cause « l'esprit maison » si cher à Marcel Dassault.
Une chose est certaine : on ne remplacera pas facilement « Monsieur Marcel », dont l'héritage continue de marquer profondément l'industrie et les territoires du Sud-Ouest français.



