Le projet Biopark de Condat divise entre espoir industriel et inquiétude sociale
Biopark de Condat : espoir industriel face à l'inquiétude sociale

Un projet de reconversion qui suscite des réactions contrastées

Vendredi 6 mars, au marché du Lardin-Saint-Lazare, l'ambiance était particulière. Alors que les enfants de l'école communale déambulaient en tenue de carnaval avec leurs masques vénitiens faits maison, une ombre planait sur la commune. L'actualité des papeteries de Condat, autrefois fleuron industriel local, préoccupait les esprits.

Une page industrielle qui se tourne

Lundi 27 février, le tribunal de commerce spécialisé de Bordeaux a officiellement acté la reprise de l'entreprise par la Société de participation de la Braye (SPB). Cette société porte un ambitieux projet de reconversion industrielle pour le site de 26 hectares où travaillaient encore 1 200 salariés en 1993. Le projet baptisé « Biopark » promet une transformation vers des activités d'avenir : matériaux biosourcés, alumine recyclée, énergies vertes et infrastructures numériques.

L'aménageur de l'Eure envisage à terme l'accueil de jusqu'à 300 employés sur ce site réinventé. Cependant, cette vision futuriste s'accompagne d'une réalité immédiate plus sombre. Sur les quelque 200 salariés encore présents depuis le dernier Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) adopté en décembre 2023, 180 vont perdre leur emploi à la fin du mois de mars.

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La nostalgie des anciens ouvriers

Cette annonce a profondément affecté une population qui a toujours vécu au rythme des papeteries, de leurs cheminées fumantes et de leur odeur caractéristique de « choux ». Jean-Marc, 63 ans, qui a passé quarante années dans les ateliers jusqu'à son départ à la retraite en 2023, exprime une certaine résignation : « Même si on ne se faisait guère d'illusions sur le sort des papeteries, c'est difficile d'admettre qu'on ne fera plus de papier à Condat. »

Panier de courses sous le bras, cet ancien combattant de l'industrie papetière partage volontiers ses souvenirs : « J'étais fier de participer à la fabrication de ce beau produit qu'était le papier de Condat. C'était parfois difficile de se lever à trois heures du matin, mais on était sûr de retrouver des copains avec qui on partageait l'amour du travail bien fait. »

Dominique, un autre retraité croisé par Jean-Marc, renchérit avec amertume : « Ce n'est rien d'autre qu'un grand gâchis quand on voit le bel outil dont dispose encore aujourd'hui l'usine. Pour moi, c'est l'un des plus performants qui existent en France dans l'industrie papetière. »

Des doutes sur le projet de reconversion

Solidaire des salariés qui vont se retrouver au chômage dans moins d'un mois, Dominique regarde l'avenir avec pessimisme. Concernant le projet de la SPB, il lâche : « Les sommes annoncées paraissent folles », exprimant des doutes sur sa concrétisation.

Pourtant, certains habitants tentent d'adopter une perspective plus optimiste. Anthony da Silva, 34 ans, père d'un fils scolarisé à l'école du Lardin, se hasarde à une vision plus nuancée : « Je suis le premier à penser à tous les gens de mon âge qui vont perdre leur travail, mais il faut peut-être laisser sa chance au produit. » Ce chauffeur de taxi en reconversion, lui-même confronté aux difficultés du marché de l'emploi local, pense aux générations futures : « Nos enfants seront contents d'avoir quelque chose. »

L'impact économique local

Christophe Labadie, le poissonnier du marché qui vient de Libourne tous les vendredis, partage discrètement ces espoirs. « C'est mon deuxième plus gros marché après celui de Villeréal », confesse le vendeur ambulant. Il reconnaît que les ventes sont plus modestes qu'avant le PSE de décembre 2023, mais souligne que « la clientèle reste intéressante ».

Fabienne, l'épouse de Jean-Marc, rappelle les réalités économiques passées : « Il a souvent été dit qu'on gagnait bien sa vie à Condat. Vrai, mais grâce aux primes de nuit et de week-end : il ne fallait pas avoir peur de travailler les jours fériés, y compris à Noël. »

Frédéric Laroche, commerçant local, analyse lucidement les conséquences à moyen terme : « Les gens vont déménager pour trouver du travail ailleurs, il y aura moins de familles, moins d'enfants à l'école et moins de commerces. » Puis il soupire avant d'ajouter : « À moins d'un miracle… Il faut croiser les doigts pour que le projet de la SPB marche. »

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Le carnaval des enfants a donc égayé une matinée marquée par cette transition industrielle douloureuse. Entre la nostalgie d'un passé glorieux et l'espoir d'une reconversion réussie, les habitants de Condat et du Lardin-Saint-Lazare attendent de voir si le Biopark pourra réellement redynamiser leur territoire.