Pier, un Héraultais de 43 ans, a investi dans un viager à Béziers avec l'objectif de prendre sa retraite à 55 ans. Il a versé un bouquet de 60 000 euros et s'est engagé à payer une rente mensuelle de 70 euros. Ce père de famille, qui se consacre à l'immobilier, explique sa stratégie dans la série « Combien tu gagnes ? » de Midi Libre.
Un investissement viager calculé
La villa, de 100 mètres carrés avec 3 000 mètres carrés de terrain, était occupée par un couple de personnes âgées qui la vendaient. Pier a acheté comptant une grosse partie en versant un « bouquet ». Chaque mois, jusqu'au décès des deux « crédirentiers », il devra leur verser une « rente ». « Ce n'est pas un pari sur la mort, défend-il, tout se calcule, c'est tout. »
L'entrepreneur héraultais travaille en saison dans la restauration, à Carnon, et écume les liquidations judiciaires et les sites immobiliers. Il alterne des périodes intenses de sept jours sur sept, douze heures par jour, avec des journées plus allégées. « C'est ma passion de chercher des nouvelles affaires. Moi, je travaille depuis mes 15 ans. Mon but, c'est à 55 ans de pouvoir lever le pied et basta ! »
Une négociation gagnant-gagnant
Pier ne voit pas le viager comme un investissement cynique. Dans son cas, il assure que c'est un geste pour ses crédirentiers : « Ils avaient un crédit à la consommation qu'ils n'arrivaient plus à rembourser. » Il est tombé sur l'annonce d'Univers Viager, pour acheter la maison à 20 000 euros, puis 200 euros par mois. Il a proposé de rembourser tout leur crédit et de payer moins de rente derrière. La négociation a abouti : 60 000 euros de bouquet et 70 euros par mois.
Quand il a acheté en 2024, la villa valait 160 000 euros. Désormais, elle est estimée à 240 000 euros. Dans 20 ans, il rêve qu'elle vaudra 400 000. Le quadragénaire entretient de très bonnes relations avec le couple : « On boit le café ensemble. Avec le viager on aide des gens, je ne suis pas pour le jeu de la mort. Attention quand même, on n'est pas des sauveurs. »
Un investissement passif, mais pas pour débuter
Seul bémol, explique ce passionné : « Vous n'avez rien qui rentre. C'est un investissement passif. Vous prenez, vous payez, vous oubliez. C'est pour ça qu'il ne faut pas commencer par un viager quand on veut investir. » Puisqu'il s'agit d'un viager « occupé », les crédirentiers gardent le droit d'occuper la villa jusqu'à leur décès. Pier ne pourra y vivre qu'après leur mort.
En attendant, il a d'autres biens. En comptant le viager, Pier est propriétaire de trois biens immobiliers. Il a acheté sa résidence principale à 37 ans, alors que l'ancien propriétaire était « à une semaine » de la liquidation judiciaire. Il a obtenu plusieurs dizaines de milliers d'euros de rabais. Depuis, il paie 1 100 euros par mois de crédit, le seul qu'il ait. Sa deuxième bonne affaire est arrivée grâce à l'adjudication judiciaire, une vente aux enchères ordonnée par la justice, qui lui a permis d'économiser quelques dizaines de milliers d'euros.
Une stratégie de réinvestissement total
En plus de biens commerciaux qu'il achète et revend ou loue jusqu'à 1 000 euros par mois, Pier s'est constitué une soupape de sécurité. Son activité de restaurateur est saisonnière, mais « lissé, ça fait 40 000 euros » par an. Il vit « très simplement » avec sa femme, qui travaille aussi dans la restauration, et ses deux enfants mineurs. L'argent qui rentre, il le réinvestit toujours. « Il y a des gens, leur passion c'est la moto, le piano… Moi c'est d'acheter », s'amuse-t-il.
Les vacances sont rares : « On part en week-end assez régulièrement. On va à Marseille, à Toulouse, parfois un peu plus loin. » L'objectif est de trimer maintenant pour souffler à 50-55 ans. « Pour l'instant je suis en forme, mais à 60 ans… », redoute-t-il. Il se souvient : « Mon père était au RSA, ma mère était au RSA. On n'a jamais rien lâché. On a travaillé, travaillé, mis des sous de côté. »
Pour les novices, Pier donne un conseil : « Il ne faut jamais commencer par acheter sa résidence principale. Jamais, jamais, jamais. Et le premier achat, il ne faut pas que ce soit un viager. »