Taxe foncière 2026 : la Métropole de Montpellier fait bondir sa part à 5,80 %
Taxe foncière 2026 : la Métropole de Montpellier bondit à 5,80 %

En 2026, la Métropole de Montpellier augmente sa part de taxe foncière sur les propriétés bâties de 0,167 % à 5,80 %, soit une hausse de 5,633 points. Cette décision, votée par le conseil métropolitain, doit rapporter environ 45 millions d’euros supplémentaires. Elle concerne les propriétaires des 31 communes de l’agglomération, même lorsque les taux communaux restent inchangés.

Une hausse métropolitaine qui pèse sur les contribuables

Le taux intercommunal de taxe foncière passe donc de 0,167 % à 5,80 %. Pour un propriétaire, cela représente souvent plus de 100 euros de hausse annuelle, davantage pour une grande maison, moins pour un petit appartement. Le président de la Métropole, Michaël Delafosse, justifie ce choix par la nécessité de préserver les services publics et les investissements. « Sans cet effort fiscal, nous aurions peut-être dû fermer des piscines », a-t-il illustré.

Pascal Heymes, maire de Grabels et conseiller métropolitain, partage ce constat de finances sous tension. « Si tu n’augmentes pas, tu dégrades ta situation financière, les prêteurs deviennent méfiants et les taux s’envolent », estime-t-il. Cette hausse intervient après une précédente augmentation de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères (TEOM), passée de 12,35 % à 14,62 % en 2024, sans compter la revalorisation des bases fiscales.

Des communes sages, mais des factures en hausse

Dans la plupart des communes, les maires n’ont pas augmenté leur taux communal. Pourtant, les propriétaires verront leur facture augmenter. D’abord, les bases fiscales, calculées à partir de la valeur locative cadastrale, sont revalorisées de 0,8 % en 2026, une hausse nationale qui s’applique même lorsque les taux restent stables. Ensuite, il faut additionner toutes les composantes de l’avis : taux communal, taux intercommunal, taxes spéciales, taxe Gemapi et TEOM. La hausse métropolitaine s’ajoute donc à la cotisation, même à Montpellier, où le taux communal reste à 52,63 %.

Cette situation provoque une grogne chez les petits propriétaires. Une habitante de la Métropole témoigne : « En étant des petits propriétaires (juste notre logement à crédit), nous vivons une angoisse tous les ans car on voit que la facture n’arrête pas d’augmenter. » Une pétition contre la hausse de la taxe foncière intercommunale, lancée sur le groupe « Montpellier Métropole La Colère Gronde », a recueilli environ 7 500 signatures. « Ce ne sont pas 10 ou 20 € par an, soi-disant de l’inflation, ce sont 300 € », poursuit cette propriétaire, qui déplore que les élus ne s’interrogent pas davantage sur la situation des contribuables : « On subit leurs décisions. »

À Grabels, une hausse communale qui s’ajoute

Pascal Heymes a choisi d’ajouter une hausse communale de 4,90 points à celle de la Métropole. Le nouveau maire justifie sa décision par des finances qu’il a découvertes « catastrophiques » et une situation « extrêmement dégradée ». Au total, l’effet cumulé des deux hausses dépasse dix points de taux. Un effort fiscal important que l’élu présente comme exceptionnel : « On s’est engagés à ce que cela ne soit qu’un fusil à un coup. On ne pourra plus utiliser le levier fiscal », promet-il.

Pascal Heymes, expert en finances des collectivités, estime que la hausse doit permettre de retrouver des marges de manœuvre. Mais il redoute aussi que le « projet de loi de finances soit douloureux pour toutes les collectivités ».

À Castelnau-le-Lez, le pari de baisser le taux communal

Julien Miro, maire de Castelnau-le-Lez, a fait le choix opposé. Dès son arrivée, il a réduit de 8 % le taux communal, le faisant passer de 54,11 % à 49,78 %, soit une baisse de 4,33 points. Il s’était engagé pendant la campagne à diminuer ce taux de 20 % sur l’ensemble du mandat. « Je trouvais que cela représentait une injustice », explique-t-il, jugeant le taux précédent trop élevé par rapport aux autres communes. Il dit vouloir préserver le pouvoir d’achat et a voté contre la hausse métropolitaine.

Le manque à gagner, estimé à 1,8 million d’euros, serait compensé par l’abandon du projet de Maison du numérique, évalué à 6 millions d’euros. Mais la baisse communale ne suffit pas à effacer la hausse intercommunale : en additionnant ces deux taux, on passe de 54,277 % en 2025 à 55,58 % en 2026, soit 1,303 point de plus. « Je préfère cela plutôt que d’attaquer le portefeuille des Castelnauviennes et des Castelnauviens », insiste le maire.

TEOM : une baisse promise, mais conditionnelle

Reste une perspective pour les contribuables : la baisse promise de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. Michaël Delafosse a évoqué une diminution de 10 % à terme, à condition que les objectifs de transformation du traitement des déchets soient remplis, notamment avec la conversion d’Amétyst en unité de production de combustibles solides de récupération (CSR). La Métropole veut ainsi réduire le coût de traitement et d’exportation des déchets, aujourd’hui très élevé.

La promesse est donc conditionnelle et ne change rien à la facture de 2026. Pour les propriétaires, la hausse est immédiate ; l’éventuelle baisse de la TEOM dépendra de la réalisation du projet et de ses résultats. Et il faudra encore espérer que les bases ne suivent pas les courbes de l’inflation.

Un budget de l’État qui inquiète les élus

À peine la nouvelle fiscalité métropolitaine entrée en vigueur, une autre menace se profile : le projet de loi de finances pour 2027. Selon une estimation de France urbaine, la Métropole de Montpellier pourrait subir un prélèvement de 27 millions d’euros. Michaël Delafosse y voit une « baisse des dotations déguisée » et prévient : « Le gouvernement se tire une balle dans le pied », en réduisant les moyens des collectivités qui portent une grande part de l’investissement public.

Concrètement, l’État prévoit plusieurs leviers d’économies. D’abord, la progression de la TVA reversée aux collectivités serait limitée, une recette qui a remplacé une partie des impôts locaux supprimés. Le projet prévoit aussi de réduire de 2,1 milliards d’euros les remboursements du fonds de compensation de la TVA (FCTVA), qui aide les collectivités à financer leurs investissements, en resserrant les dépenses éligibles. En parallèle, les collectivités doivent continuer à financer leurs dépenses obligatoires : rémunération des agents, contributions sociales et retraites, prestations et services dont elles ont la charge.

Pascal Heymes redoute les conséquences de cette équation : « Après avoir payé les funestes décisions d’Emmanuel Macron d’avoir supprimé la taxe d’habitation créant une inégalité entre les contribuables, beaucoup de collectivités vont devoir revoir leur budget d’investissement à la baisse. » Une perspective qui pourrait encore réduire les marges de manœuvre des collectivités locales dans les prochains budgets.