Kiev sous les drones : un chef d'entreprise ukrainien innove pour survivre sans électricité
Oleksandr Honchar n'a pas fermé l'œil de la nuit. Moscou a lancé une pluie de drones sur une centrale électrique de Kiev, juste en face de son domicile. Réveillé en sursaut par les explosions sourdes, il s'est immédiatement précipité pour consulter les caméras de surveillance de son usine, qu'il nous montre avec une inquiétude palpable. Sur les écrans, sous l'effet du souffle des impacts, les machines vibrent étrangement et les ampoules suspendues au plafond oscillent dans un ballet chaotique.
Une usine sur la trajectoire des drones
À seulement 39 ans, Oleksandr Honchar dirige Ideashop, une entreprise de fabrication de cosmétiques qui emploie une centaine de personnes. Son usine est stratégiquement située au nord de Kiev, malheureusement sur la trajectoire directe des drones qui descendent le fleuve Dniepr depuis la Biélorussie voisine. Ces bombardements russes incessants et ciblés obligent le chef d'entreprise à innover en permanence pour maintenir son activité malgré les coupures d'électricité récurrentes.
En cette matinée de fin février, l'entreprise d'Oleksandr tourne paradoxalement à plein régime. Une musique pop entraînante diffusée par la radio donne la cadence aux employées qui remplissent méthodiquement des tubes de crèmes et de shampoings. Seul un immense générateur, de la taille imposante d'une camionnette, ronronnant de manière continue sur le parking, trahit une situation absolument hors-norme. Car ici, comme dans la majeure partie de la capitale ukrainienne, le réseau municipal ne délivre l'électricité que quelques heures par jour, au mieux.
Un hiver particulièrement difficile pour les entreprises
« Les pertes économiques seraient bien plus lourdes si l'on cessait simplement de travailler », explique Oleksandr avec détermination. Cet hiver, la Russie a profité des températures glaciales atteignant les -20 °C pour lancer une attaque sans précédent sur le système énergétique ukrainien, détruisant près de 60 % des capacités de production du pays.
Selon les déclarations du président Volodymyr Zelensky le 1er mars, premier jour du printemps en Ukraine, Moscou a lancé, du 1er décembre au 28 février, plus de 14 670 bombes, 738 missiles et près de 19 000 drones. Une campagne de destruction massive qui a plongé le pays dans une crise énergétique profonde.
« Cet hiver a été le plus difficile depuis le début du conflit en 2022 pour les entreprises ukrainiennes », souligne Anna Derevianko, directrice exécutive de l'European Business Association, qui représente un millier de sociétés étrangères et locales en Ukraine. « En plus de l'absence chronique de courant, il a fallu remédier aux coupures de chauffage dans des conditions climatiques extrêmes », ajoute-t-elle.
Même si les températures sont devenues plus clémentes et positives depuis le début du mois de mars, les bombardements russes et les coupures d'électricité continuent de rythmer le quotidien des entreprises et des habitants. L'adaptation et la résilience restent les maîtres-mots pour survivre économiquement dans un pays en guerre.



