En 2018, la SMEG (Société Monégasque de l'Électricité et du Gaz) s'est lancée dans la traque à la « shadow énergie », ces consommations d'électricité inexpliquées qui pèsent sur les factures. Selon Pierfranck Pelacchi, directeur général adjoint de la SMEG, environ 50 % des consommations d'électricité à Monaco restaient inexpliquées à l'époque. Ce constat, issu d'une mission confiée par le gouvernement monégasque, a conduit au déploiement de solutions innovantes, dont des dispositifs d'intelligence artificielle qui permettent déjà des économies de 12 à 15 % sur les factures des établissements équipés.
Une découverte surprenante : la moitié de l'électricité consommée sans explication
« On a été missionnés il y a une dizaine d'années par le gouvernement pour avoir une base de données des connaissances de l'énergie sur Monaco. C'était un travail avec une restitution anonyme. On a complété le dispositif par des questionnaires pour mieux connaître les usages et le résultat a été assez surprenant parce qu'on a trouvé une constante sur à peu près tous les types de consommateurs : public, privé, petite entreprise, grande entreprise, avec exploitant, sans exploitant… environ 50 % des consommations d'électricité restaient inexpliquées », explique Pierfranck Pelacchi.
Cette consommation inexpliquée, que la SMEG a baptisée « shadow énergie », représente l'électricité consommée sans que l'on sache précisément pourquoi, et qui apparaît sur la facture. C'est un angle mort sur lequel le client ne peut pas agir directement, faute de visibilité.
Smart Plus : l'IA pour traquer la consommation invisible dans le tertiaire
Pour remédier à ce problème, la SMEG a développé plusieurs solutions. La première, nommée Smart Plus, est déployée en partenariat avec la Mission pour la Transition Énergétique (MTE). Elle consiste à installer un dispositif non intrusif dans des bâtiments du secteur tertiaire, principalement des hôtels. « On mesure l'électricité qui entre dans le bâtiment et des algorithmes d'intelligence artificielle vont mesurer les consommations et reconnaître la signature électrique des appareils qui consomment derrière », précise Pierfranck Pelacchi.
Désormais, une centaine de bâtiments sont équipés de ce dispositif. Grâce à une analyse plus fine de la répartition de la consommation, les économies sur les factures de ces établissements sont de l'ordre de 12 à 15 %. « Cela peut s'obtenir simplement en se rendant compte qu'il y a un thermostat qui n'est pas bien réglé. On a un établissement qui avait oublié de programmer les jours fériés dans ses programmes d'extinction. Ils ne s'en étaient jamais aperçus et cela faisait des années qu'ils payaient l'électricité pour rien. C'est typiquement de la "shadow énergie" », illustre le directeur général adjoint.
Les particuliers aussi concernés : profil énergétique et suivi photo
Le secteur tertiaire n'est pas le seul visé. La SMEG a également développé une solution pour les particuliers. « Agir au niveau des particuliers est vraiment un challenge parce qu'on touche à la sphère privée », reconnaît Pierfranck Pelacchi. Ainsi, les clients peuvent remplir un profil énergétique en ligne, un questionnaire de 1 minute 30 sur les appareils utilisés, le mode de chauffage, etc. « Immédiatement, cela vous donne une répartition de votre consommation par grand secteur. L'intelligence artificielle qu'on a nous-mêmes développée va croiser votre déclaration, ce que l'on connaît statistiquement de la Principauté et votre consommation pour vous restituer la répartition. »
À la suite de ce questionnaire, des conseils personnalisés sont proposés, soit sur la plateforme en ligne de la SMEG, soit en boutique. Une nouvelle fonctionnalité vient d'être lancée : elle permet d'enregistrer des événements. Concrètement, depuis l'application SMEG, lorsqu'un appareil électrique est allumé ou installé, l'utilisateur peut cliquer sur un bouton pour prendre date de sa mise en route, avec une photo de l'appareil comme repère. « Quand vous revenez sur l'application deux jours, un mois ou un an plus tard, vous verrez sur votre courbe de consommation la photo que vous avez prise et l'évolution de votre consommation. Cela vous permet de savoir quel effet l'appareil en question a sur votre facture », explique Pierfranck Pelacchi.
Des résultats concrets : la consommation d'électricité stable depuis 20 ans
Cette chasse à l'énergie invisible, lancée en 2018, porte ses fruits à l'échelle de la Principauté. « On a des baisses globales qui compensent presque entièrement tous les nouveaux usages. On a aujourd'hui la même consommation d'électricité qu'il y a 20 ans alors qu'il y a plus d'entreprises et plus de résidents à Monaco. Regardez depuis 20 ans tout ce qui a été construit en termes de bâtiments tertiaires, résidentiels ou même de bâtiments rénovés, surélevés… Le challenge est donc de contenir la hausse globale de consommation », souligne le directeur général adjoint.
Après le résidentiel et le tertiaire, la SMEG s'attaque désormais aux PME, commerces et petites industries. « Les solutions sophistiquées que l'on déploie pour les plus grands sites sont trop onéreuses. On est en train de travailler sur le développement d'algorithmes d'intelligence artificielle pour proposer des plans d'action pour toute cette catégorie d'entreprises qui aujourd'hui sont un peu oubliées parce que d'une taille intermédiaire donc assez difficiles à adresser », indique Pierfranck Pelacchi.
Le défi sera ensuite de faire connaître ce service et de le proposer à un prix adapté à ces petites structures. « Vendre quelque chose de très sophistiqué et très cher à une petite et moyenne entreprise n'a pas de sens parce qu'il lui faudrait 20 ans pour rembourser ce qu'elle a dépensé. Il faut donc adapter à chaque fois la solution et c'est notre valeur ajoutée, faire du sur-mesure. C'est-à-dire adapter ce que l'on propose au client, à son cas de figure. Il faut que ça reste financièrement soutenable », précise-t-il.
La SMEG espère proposer une souscription en ligne ou en boutique dans le courant de l'année 2027. La principale difficulté sera de vendre un service qui a un prix avant que l'économie soit constatée. « C'est une forme de promesse sur l'avenir », conclut Pierfranck Pelacchi.