Patek Philippe à Milan : une exposition record et un président facétieux
Patek Philippe à Milan : exposition record et président facétieux

Début octobre, la manufacture genevoise Patek Philippe a ouvert à Milan sa plus vaste exposition jamais organisée, baptisée « Watch Art ». L'événement, qui se tient jusqu'au 18 octobre dans l'ancien palais des sports de la ville, rebaptisé CityOval, présente 32 nouveautés et des pièces rares issues de son musée. Son président, Thierry Stern, s'y est montré moins solennel que sa maison, et nettement plus drôle.

Une exposition spectaculaire dans un lieu chargé d'histoire

Construit en 1923, l'ex-Palazzo delle Scintille a déjà eu mille vies. Sous sa coupole de trente mètres de hauteur, il abrite actuellement une Genève miniature à l'image de Patek Philippe : le bâtiment de la rue du Rhône, la manufacture de Plan-les-Ouates, les bords du lac. Ce décor spectaculaire accueille la septième exposition de la marque après Dubaï, Munich, Londres, New York, Singapour et Tokyo. Et la plus grande : sur environ 2 900 mètres carrés, les visiteurs découvrent mille détails sur l'histoire de Patek, de ses débuts en 1839 à ses innovations les plus récentes, tout en admirant les garde-temps, pendulettes et objets horlogers les plus rares.

Trente-deux nouveautés – montres-bracelets, montres de poche ou horloges de table – sont également au programme. Produites en édition limitée et réservées au marché italien, elles mettent en valeur les métiers d'art de la maison. L'entrée est gratuite, ce qui peut sembler surprenant pour une marque aussi prestigieuse. Selon les estimations, elle produit à peine plus de 70 000 montres par an, que l'on admire bien plus souvent qu'on ne les porte, vu leurs prix et la difficulté à en acquérir une. Mais c'est l'ambition même de ces « Watch Art » : exposer la créativité et l'art horloger – aussi bien mécanique qu'esthétique – au plus grand nombre.

Des pièces rares et des métiers d'art à l'honneur

Au gré de quinze vastes salles, se succèdent l'intégralité de la collection actuelle (152 modèles) ainsi que des pièces rares issues du Patek Philippe Museum de Genève, dont une montre de poche à répétition minutes de 1918 capable de fonctionner trente jours sans être remontée, ou la première tocante à quantième perpétuel connue datant de 1925. Un espace est dédié aux sonneries, un autre aux brevets mécaniques (plus de 200 déposés depuis les origines), et un lieu est réservé aux artisans des métiers d'art – émailleurs, guillocheurs, marqueteurs – en démonstration sous les yeux du public.

Ces artisans orchestrent ce que Patek Philippe produit de plus extraordinaire. Parmi quelques folies, cette montre de poche en or gris et à double visage – une pièce unique dont le prix n'a pas été dévoilé. Côté face, un cadran noir sobre ; côté pile, un tableau miniature représentant un bateau entrant dans le Grand Canal de Venise, avec la Salute en toile de fond. Ce mini-tableau fait se rejoindre deux des spécialités de la manufacture : l'émail et la marqueterie. Les émailleurs se sont chargés du ciel, des façades et de la lagune – leur composition quasi picturale est passée 19 fois au four à plus de 800 °C avant d'atteindre un tel résultat. Les experts en marqueterie ont patiemment façonné le bateau, à la manière d'un mini-puzzle constitué de 334 éléments de placage et 15 incrustations, taillés dans 37 différentes essences de bois.

Thierry Stern, un président drôle et franc

La vraie surprise, c'est Thierry Stern. On s'attend à un homme sérieux, à l'image de cette maison détenue par sa famille depuis 1932. Face à la presse française, il enchaîne pourtant les traits d'esprit et s'exprime avec une franchise rare. À propos du futur écrin parisien de Patek Philippe, un hôtel particulier bien plus vaste que l'actuelle boutique de la place Vendôme et qui accueillera aussi un service après-vente, il plaisante : « D'abord, on a voulu prendre la tour Eiffel, mais c'était pas trop pratique, ça rouille. Il y avait aussi Versailles, qui était un peu cher. » La livraison de la future boutique parisienne est prévue fin 2029, dit-il, ajoutant sur le même mode : « Donc, pour la France, ça sera 2032 ! »

Pourquoi Milan plutôt que Paris ? Parce que l'Italie sert de boussole à la marque depuis toujours : « Lorsqu'un produit marche en Italie, on sait que ça va séduire partout. » Mais aussi « parce que le marché français est beaucoup plus dur pour Patek ». Est-ce dû à la discrétion des clients hexagonaux, peu enclins à s'afficher avec de telles montres ? Ou à la profusion de belles marques tricolores, comme Cartier, Hermès ou Chanel ? Un peu des deux…

Passé l'humour, Stern dévoile une rebuffade fondatrice. Le jour de son départ à la retraite, Alan Banbery, un gentleman anglais qui était le bras droit de Philippe (le père de Thierry, alors PDG), a glissé au jeune Thierry, destiné à prendre la relève, que chez Patek, tout avait déjà été fait : « Ça m'a tellement fâché… J'en ai presque pleuré. » Ce jour-là, Thierry Stern se l'est juré : « Il n'arrivera jamais, ce jour où l'on aura tout fait. » La Cubitus, créée en 2024, découlait de la même conviction. Personne, dit-il, n'attendait cette montre carrée : « C'était un risque, car il n'était pas nécessaire de la lancer. »

Refus des collaborations et ambitions pour les femmes

Quant aux collaborations avec les horlogers indépendants, qui sont tellement à la mode… Eh bien, c'est exclu : « Patek Philippe, c'est Patek Philippe ! » S'il s'associait à un jeune horloger, explique-t-il, celui-ci voudrait à coup sûr un mouvement « super light, léger, moderne », peut-être en carbone, au motif que Patek serait « vieux jeu ». Or il se bat déjà « pour rester traditionnel sur le mouvement ». L'idée – purement virtuelle – d'une double signature avec Max Büsser, le fondateur de MB&F, une marque qu'aime bien son fils Adrien, le fait rire : « Ça donnerait un truc bizarre, comme un chien qui aboie des répétitions minutes. »

Dans une maison où l'on pense à très long terme (les modèles s'imaginent jusqu'à dix ans en amont), Stern voit son horizon professionnel culminer en 2039, pour les 200 ans de Patek. Après quoi, il laissera la place aux « enfants » – en l'occurrence ses deux fils, Adrien et Tristan. À la gauche de son père, l'aîné, Adrien, 22 ans, écoute plus qu'il ne parle. Diplômé de l'École hôtelière de Lausanne, il a désormais intégré la maison, où il change de département tous les six à dix mois. Bien qu'il n'ait pas fait d'études horlogères stricto sensu, il baigne dedans. Sa mission du moment : la création d'un bijou avec son frère Tristan.

Leur père leur a confié cet exercice, de l'esquisse à la production. Qui sait, peut-être Patek Philippe arrivera-t-il pour de bon dans la joaillerie ? « Quelques bijoux, pourquoi pas, dit Thierry Stern. Mais je ne vais pas rivaliser avec Bulgari ! » Sa priorité est plutôt d'étoffer la collection féminine. À l'heure actuelle, les femmes comptent pour 36 % des ventes ; or le PDG vise le « 50/50 ». L'obstacle tient moins à la volonté qu'à la disponibilité des mouvements mécaniques – plutôt réservés aux modèles masculins. D'où le lancement, lors de cette Watch Art, de la collection Gondolo Ladies First. Dans un boîtier coussin joliment proportionné (31 × 34,8 mm), trois des six modèles jouent la carte joaillière, avec 687 diamants et des index en topaze, améthyste ou tsavorite. Les trois autres, plus sobres, n'échappent pas pour autant au sertissage : 108 diamants très exactement, sur le réhaut. À l'intérieur de la majorité de la gamme, bat un calibre à quartz, qui comprend « quand même 75 % de mécanique », dit Thierry Stern. Selon lui, seul le quartz permet « quelque chose de petit et de fin ». Et surtout : de disponible. Pour celles – et ceux – qui ont l'envie, et les moyens, d'espérer une Patek Philippe mécanique de petit diamètre, il faudra encore attendre.