Changement climatique : des dizaines de troncs invendus à Castanet-le-Haut
Changement climatique : des troncs invendus à Castanet-le-Haut

Dans la forêt municipale de Castanet-le-Haut, dans l'Hérault, des dizaines de troncs d'arbres restent entreposés sur les abords du nouveau parc éolien, récemment inauguré. Ces bois coupés ou arrachés par le vent ne trouvent plus preneurs, conséquence directe d'une conjonction de crises climatiques et économiques. Le maire de la commune, Max Alliès, précise que « les troncs que vous voyez ici proviennent de bien au-delà des abords de l'éolienne. Certains ont été coupés et d'autres ont été arrachés par le vent ».

Une forêt dévastée par la sécheresse et les scolytes

Les responsables de cette hécatombe sont multiples, mais partagent tous un parent commun : le changement climatique. « Nous n'avons pas eu une seule goutte de pluie entre mai et septembre. Même à plus de 1 000 m d'altitude, où la chaleur est moins palpable, la sécheresse a fait des ravages », poursuit l'édile. Cette sécheresse a favorisé une épidémie de scolytes, une espèce de coléoptères qui s'attaquent aux arbres résineux comme les épicéas.

L'Office national des forêts (ONF) rapporte, dans une étude publiée en septembre 2026, des chiffres alarmants : plus de 110 000 hectares de peuplement d'épicéas ont été sinistrés depuis 2018. À Castanet-le-Haut, les quelque 450 hectares de forêt n'ont pas échappé à la crise. La ville a dû réaliser des coupes sanitaires. « On a perdu en quelques semaines l'équivalent de 5 ou 6 années de coupe », se désole Max Alliès.

Un afflux massif de bois et des acheteurs volatilisés

Les pertes s'expliquent aussi par les aléas climatiques de l'hiver. Les tempêtes Nils et Pedro ont soufflé à plus de 150 km/h sur les forêts du Haut-Languedoc. « C'est 10 % de la zone en production de la forêt domaniale de l'Espinouse qui est à terre. C'est une catastrophe », déplorait, au lendemain du passage de Nils, Damien Barthès, responsable du secteur pour l'ONF.

Face à cet afflux massif de bois, l'offre dépasse largement la demande. Les acheteurs se font rares. « Plusieurs usines ont fermé, et nous avions l'habitude de leur envoyer notre bois », souligne Max Alliès. Il fait écho à la liquidation judiciaire de Fibre excellence à Tarascon (Bouches-du-Rhône), prononcée le 27 juillet par le tribunal de commerce de Toulouse. L'usine utilisait du bois acheté à Castanet-le-Haut pour le transformer en pâte à papier. En parallèle, l'antenne Fibre excellence de Saint-Gaudens (Haute-Garonne), dernier producteur de pâte à papier en France, est en redressement judiciaire depuis avril. Fin septembre, l'État lui a accordé un prêt de 3 millions d'euros pour éviter son arrêt.

Le massif de l'Espinouse, plus gros fournisseur de bois du département de l'Hérault, se retrouve donc encombré par sa surproduction involontaire.

Reboiser : une question de temps et de moyens

Se pose dès lors la problématique de la repousse. Faut-il replanter ? Pas forcément. « Il y a une urgence à attendre avant de remplacer les arbres arrachés. Certains repousseront peut-être d'eux-mêmes, d'autres encore, sont devenus plus résilients grâce aux catastrophes climatiques. Et puis planter à la hâte sans savoir quels arbres seront encore adaptés au climat dans 30 ou 40 ans est extrêmement délicat », présente Roseline Labarrière-Duchamp, présidente de Fransylva, syndicat des forestiers privés de l'Hérault et d'Occitanie.

« L'État nous oblige cependant à reconstruire la forêt dans les 5 ans, fait-elle remarquer. C'est pourquoi j'invite mes homologues à s'assurer contre les tempêtes et plus seulement contre les incendies. Car sans remboursement contre ces aléas climatiques qui n'arrivaient jamais avant, c'est difficile de reboiser son domaine », expose-t-elle.

Les propriétaires sont le pilier principal des bois français puisque 75 % des forêts françaises sont privées, réparties entre quelque 3,5 millions de propriétaires, selon l'Observatoire des forêts françaises. L'État vient de publier, dans le Journal officiel, ce samedi 10 octobre, un nouveau décret. Il vise à structurer une aide au renouvellement forestier qui ne concerne pas seulement les peuplements déjà détruits (incendies…), mais aussi les forêts fragilisées ou vulnérables au changement climatique (scolytes, sécheresse, tempêtes…). Le montant maximal d'aide par projet est de 2 millions d'euros. Pour les arbres touchés par des épidémies de scolytes, comme à Castanet-le-Haut, l'aide pourra aller jusqu'à 70 % du coût global du reboisement.