Chambre à part : 1 foyer sur 10 a adopté le sleep divorce
Sleep divorce : 1 foyer sur 10 dort séparé en France

Le « sleep divorce », ou faire chambre à part en français, est une réalité pour un foyer sur dix en France, et 6 % des personnes en couple souhaitent l'adopter sans toujours pouvoir le faire, selon les données de l'Ifop. Face à plus de 63 % de Français déclarant mal dormir en 2023 (étude Ipsos), la séparation nocturne apparaît comme une solution pragmatique pour préserver la santé mentale et l'harmonie du couple. Les témoignages recueillis par 20 Minutes montrent que ce choix, loin d'être tabou, est souvent vécu comme salvateur.

Le ronflement, première cause de séparation nocturne

La principale raison invoquée par les lecteurs de 20 Minutes est le ronflement, un fléau contre lequel certains luttent sans succès. Jean, 39 ans, a tout essayé : « J'ai fait tous les tests possibles et imaginables pour l'apnée du sommeil, j'ai essayé les orthèses d'avancée mandibulaire, les pince-nez, les sirops… Rien ne marche », confie-t-il. Face au sommeil ultraléger de sa compagne, le couple a opté pour la chambre à part il y a quatre ans. « Je pense que notre couple n'aurait pas survécu si on ne l'avait pas fait », ajoute-t-il.

Céline, jeune maman, a connu une dette de sommeil infernale avant de prendre la même décision : « Je passais des mois sans dormir ou très peu. Je n'étais pas concentrée sur mon travail et je manquais d'énergie et de patience », raconte-t-elle. Depuis deux mois qu'elle dort séparément de son compagnon ronfleur et somnambule, elle constate des progrès : « J'ai retrouvé une partie de mon sommeil, je suis moins fatiguée et moins agacée. Je suis plus calme, plus efficace. »

Des raisons médicales et un regard social à surmonter

Pour certains, la séparation est imposée par la médecine. Gérard, 59 ans, a rejoint la chambre mitoyenne lorsque sa compagne a dû suivre une dialyse péritonéale à domicile : « La machine faisait un bruit obsessionnel et répétitif. » Après une opération à cœur ouvert, le couple a conservé cette habitude. « On reste complices, on s'aime comme jamais et c'est très bien comme ça », se réjouit-il.

Franchir le pas implique parfois de surmonter le regard des autres. Dans une société où le lit conjugal est un symbole d'union, l'aveu d'une chambre à part suscite des interrogations. « Dans les premières années, on n'osait pas en parler à nos proches par peur du jugement, parce que ça fait généralement penser que ça va mal dans le couple ou qu'il n'y a plus de tendresse ou de désir », admet Jean. Tony, lui, s'amuse des réactions : « Nos amis et nos familles trouvent cela parfois intriguant car c'est peu commun, mais c'est une décision logique qui est vite comprise. »

La complicité préservée, mais un frein matériel majeur

Loin de tuer la complicité, la séparation nocturne ravive souvent la flamme. « Cela ne nous empêche pas de se faire un câlin dans un des lits pour profiter d'un moment de tendresse ou de discuter dans le salon sur notre canapé », souligne Céline. Clothilde, sexagénaire épanouie, balaie l'idée que le lit serait le seul lieu du dialogue amoureux : « Je vois beaucoup de jeunes couples qui regardent la TV au lit ou sont sur leur smartphone. La barrière est davantage l'écran que la chambre à part. Le dialogue n'a pas besoin d'attendre de se coucher pour se déclencher. »

Le principal frein reste le manque de place, comme en témoigne Marie, qui vit depuis dix-huit ans avec les ronflements de son mari et un appartement trop petit : « Mes enfants étant ados, je ne peux plus aller dormir dans leur chambre et il ne me reste que le canapé inconfortable du salon et les bruits de la chaudière. J'y échoue quand même au bout de trois nuits vraiment horribles. Il faudrait faire chambre à part, pour la santé du couple et ne serait-ce que pour ma propre santé. »

Pour ceux qui disposent de la place, le bilan est positif, comme pour Élisabeth, 68 ans, en couple depuis quarante-trois ans et adepte du lit séparé depuis trente-six ans : « Ronflements qui ne gênent plus, horaires décalés sans crise, rhume ou grippe sans contagion… Je crois honnêtement que si notre couple dure depuis si longtemps, faire chambre à part nous y a aidés. » Maurice propose une alternative : « Il suffit d'acheter un grand lit et d'arrêter de dormir dans des lits standardisés bien trop petits. Depuis qu'on a investi dans un lit carré de 2x2 mètres, chacun a son espace, les câlins ont leur place et même le chat ne nous gêne plus ! »