Le scalping, pratique héritée du monde de la finance, s'est étendu aux biens de consommation. Les scalpers achètent en grande quantité des produits populaires en édition limitée le jour de leur sortie pour les revendre plus cher une fois épuisés. Cartes Pokémon, baskets, maquillage, places de concerts : aucun secteur n'échappe à cette tendance qui suscite l'indignation des consommateurs.
Une pratique financière devenue courante dans la consommation
En finance, le terme « scalping » désigne le fait d'acheter et de vendre de manière répétée des actifs financiers plusieurs fois au sein d'une même séance de trading, selon BFM Bourse. L'objectif est de surfer sur les faibles mouvements de marché : les gains sont faibles mais les pertes sont minimes. Depuis quelques années, cette pratique s'est transposée dans l'univers des biens de consommation, avec des scalpers qui achètent en grande quantité un objet populaire vendu en édition limitée le jour de sa sortie, pour le revendre plus cher une fois le produit épuisé.
Pokémon et sneakers : les terrains de jeu favoris des scalpers
L'univers Pokémon est particulièrement concerné, avec des cartes qui se revendent à des prix fous. En février, un exemplaire rare de Pikachu a été vendu aux enchères pour un montant record de 16,5 millions de dollars. Laurent Seror, gérant de la boutique parisienne TCG Atmos Arena, explique à l'AFP que les cartes « s'y prêtent bien en tant que produit très recherché avec des quantités limitées mais qui reste quand même largement accessible ». Certains scalpers vont jusqu'à rémunérer des complices pour attendre devant les boutiques afin de maximiser leurs chances d'acheter les précieuses cartes en édition limitée.
Les sneakers sont également un domaine prisé des scalpers. Interrogé par Vice, un Britannique de 19 ans raconte les coulisses de son activité : « J'ai commencé le scalping à 14 ans. J'ai vendu un tee-shirt dont je ne voulais plus sur eBay et j'ai récupéré mon argent. Ensuite, j'ai investi cet argent dans autre chose. Ça a fait boule de neige et je me suis retrouvé à faire des opérations de revente rapides sur des baskets. » Il a déjà « empoché un mois de salaire en une seule journée » lors de sorties d'éditions limitées, revendant plusieurs paires de baskets deux ou trois fois le prix.
Maquillage et concerts : les consommateurs victimes des scalpers
Tous les produits sont concernés, y compris le maquillage. Dès la sortie de la collection « Totally Spies » de la marque Martine Cosmetics, de l'influenceuse Gaëlle Garcia Diaz, des petites annonces Le Bon Coin ont suscité la colère. « C'est absolument honteux », s'indigne une utilisatrice sur TikTok devant une palette de fard à paupières revendue 150 euros au lieu de 55 euros en magasin.
Certains scalpers utilisent même des robots pour maximiser leurs chances, notamment pour obtenir des places de concerts. Ces « tickets bots » sont des « logiciels automatisés, programmés pour rafler des dizaines de milliers de places en quelques secondes, bien avant qu'un être humain n'ait eu le temps de cliquer deux fois », explique le site du cabinet Haas Avocats. Des centaines de comptes fictifs sont créés, avec des adresses IP différentes, pour s'infiltrer dans les files d'attente numériques et s'emparer des stocks. Les places sont ensuite revendues à des prix astronomiques sur des plateformes de revente non officielles.
Une loi existante mais difficile à appliquer
La loi punit ces pratiques. Selon l'article 313-6-2 du Code pénal, « vendre des titres d'accès à une manifestation sportive, culturelle ou commerciale ou à un spectacle vivant de manière habituelle et sans l'autorisation du producteur, de l'organisateur ou du propriétaire des droits d'exploitation de cette manifestation ou de ce spectacle, est puni de 15.000 euros d'amende ». La sanction est de 30.000 euros en cas de récidive. Les avocats du cabinet Haas Avocats déplorent cependant un écart entre la loi et son application : « Entre la lettre de la loi et son application effective, il y a un gouffre », pointant les méthodes de ces « fantômes numériques » qui utilisent des sociétés écrans ou opèrent depuis l'étranger.