Publicité lunettes : l'interdiction divise la profession
Publicité lunettes : l'interdiction divise la profession

Le Salon international de l'optique et de la lunetterie, qui s'ouvre ce vendredi à Paris, sera le théâtre d'un débat passionné : l'interdiction de la publicité pour les lunettes, souhaitée par le gouvernement. Organisé à Villepinte, l'événement réunira plus de 1 500 marques et devrait attirer plus de 30 000 personnes. Pendant quatre jours, cette question nourrira les discussions et enflammera les débats.

Aujourd'hui, en France, il est interdit de faire de la publicité pour les produits remboursés par la Sécurité sociale, à quelques exceptions près. Les lunettes et les prothèses auditives en font partie. Le gouvernement souhaite mettre fin à cette dérogation, une mesure qui divise profondément la profession.

Des positions contrastées chez les opticiens

D'un côté, des opticiens sont plutôt favorables à cette interdiction, estimant que les Français changent trop souvent de lunettes. De l'autre, des fabricants crient au scandale, considérant que cette interdiction présente « un risque pour la prévention en santé visuelle ».

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Depuis des années, les fabricants de lunettes et les opticiens multiplient les campagnes publicitaires à la radio et à la télévision, vantant les mérites de leurs verres progressifs ou promettant une deuxième paire offerte. Les enseignes comme Krys, Atoll, Optic 2000 et Générale d'optique dépensent des millions en publicité. Dans l'optique de réduire les dépenses de santé pour assainir les comptes de la Sécurité sociale, le gouvernement souhaiterait supprimer cette dérogation, ce que les enseignes nationales contestent.

200 millions d'euros de dépenses publicitaires par an

Selon la Fédération nationale des opticiens de France (Fnof), ces campagnes représenteraient chaque année 200 millions d'euros de dépenses. Hugues Verdier-Davioud, président de la Fnof, dénonce un véritable « matraquage publicitaire ». Il qualifie les opticiens de « marchands d'accessoires » face à ces promotions qui ne s'arrêtent jamais. Lui et sa fédération sont favorables à cette interdiction : « L'opticien n'est plus un camelot, et peut retrouver son rôle initial d'acteur de santé ». Selon lui, cette interdiction permettra « de redonner du pouvoir d'achat aux Français ».

Plus de 70 % des Français portent des lunettes ou des lentilles, et la moitié le font au quotidien. Les dépenses en optique médicale ne cessent de progresser, dépassant les huit milliards d'euros en 2024, notamment sous l'effet du vieillissement de la population. Pour tenter d'éteindre cette flambée, le ministère de la Santé espère supprimer la publicité, avec l'espoir que les Français changeront moins de lunettes.

Les opposants dénoncent un risque pour l'emploi

Le Rassemblement des opticiens de France, qui regroupe les principales enseignes leaders du marché, fait partie des opposants à cette suppression. Dans une enquête qu'il avait lui-même financée, il affirmait que 78 % des porteurs de lunettes avaient renouvelé leur équipement « car leur vision avait évolué ou qu'ils voyaient moins bien ». Ce qui sous-entend que 22 % des sondés avaient changé sans en avoir besoin.

Selon le syndicat, la publicité offre « une concurrence essentielle à la transparence du marché et contribue à maintenir une pression sur les prix ». Le Groupement des industriels et fabricants de l'optique (GIFO) a demandé le retrait de l'arrêté du ministère de la Santé. « Les lunettes ne sont ni un produit d'impulsion ni un achat de confort », assure le GIFO. Le groupement s'inquiète de voir disparaître « l'un des rares leviers de sensibilisation à la santé visuelle du grand public » et s'alarme pour « la compétitivité et la pérennité » de l'industrie de la lunette française. Faute de pouvoir communiquer, « ce sont potentiellement plusieurs milliers d'emplois qui pourraient être menacés », assure le GIFO.

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Les audioprothésistes soutiennent la mesure

Cette interdiction de publicité ne concerne pas seulement les lunettes, mais aussi les appareils auditifs. Le syndicat des audioprothésistes va dans le sens du gouvernement. « Les audioprothésistes constatent que certains patients choisissent leur équipement principalement en fonction d'une offre promotionnelle », plutôt que d'opter pour un appareil adapté. Le syndicat dénonce les « cadeaux, remises événementielles, ventes combinées ou deuxième paire offerte » promis aux patients, au détriment de leur santé.

L'ensemble de la profession s'accorde en revanche sur un point : l'interdiction de la publicité ne doit pas mettre un terme aux campagnes de prévention vantant l'utilité des dépistages auditifs et des contrôles de la vue. En France, le taux d'appareillage est passé de 40 % à 55 %. La publicité a sans doute joué un rôle, mais pas toujours bénéfique, à en croire le syndicat de professionnels.