Le lancement du remboursement des protections périodiques réutilisables, entré en vigueur le jeudi 1er octobre, se heurte à un démarrage difficile. Les femmes de moins de 26 ans peuvent en théorie bénéficier d'une prise en charge de l'achat de culottes ou de coupes menstruelles en pharmacie, mais le dispositif est loin d'être opérationnel sur le terrain.
Des produits introuvables dans les pharmacies
Dans les officines, aucune affiche n'évoque le lancement du dispositif. Les culottes et coupes menstruelles sont souvent introuvables en rayon, peu visibles, voire carrément non proposées à la vente. Un pharmacien de Pantin (Seine-Saint-Denis) ne cache pas son refus : « Je ne vais pas en vendre, je n'ai pas la place, ce n'est pas mon métier. »
L'objectif de la Sécurité sociale de lutter contre la précarité menstruelle avec des solutions réutilisables et sans danger pour la santé était pourtant louable, mais personne n'est prêt. Fabrice Camaioni, pharmacien dans une petite commune rurale des Ardennes, regrette : « On n'est pas au point, personne ne l'est. Aujourd'hui, je ne sais pas comment je vais facturer ces produits à l'assurance maladie. »
Des interrogations sur le suivi et la qualité
Le président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF) n'est pas le seul à s'inquiéter. Cyril Colombani, porte-parole de l'Union des syndicats des pharmaciens d'Officine (USPO), renchérit : « Tout cela est encore très flou. » Il s'interroge notamment sur l'impossible suivi des produits déjà achetés par la patiente : « Il semblerait que nous allons devoir vérifier avant chaque délivrance que la patiente est bien éligible et qu'elle n'a pas déjà obtenu ses protections périodiques dans une autre pharmacie au cours de la période autorisée. » Une tâche jugée infaisable.
Des questions se posent aussi sur la qualité des produits qui seront proposés. Maud Leblon, de l'association Règles élémentaires, s'inquiète : « Le prix qui a été proposé est plutôt bas pour le marché (jusqu'à 19 euros la culotte), et donc le risque c'est que les produits français de qualité soient peu référencés et qu'on retrouve des produits avec du plastique, des phtalates, qui viennent de je ne sais où. »
Les modalités du remboursement
Concrètement, à partir de jeudi, et uniquement sur les ventes en pharmacie, toutes les femmes de moins de 26 ans pourront se faire rembourser deux protections par an, culottes et coupes menstruelles, ou une de chaque, à hauteur de 60 % par l'assurance maladie, avec la possibilité d'une prise en charge intégrale pour les bénéficiaires d'une mutuelle. Les plus précaires, couvertes par la complémentaire santé solidaire, pourront bénéficier d'une prise en charge à 100 % quel que soit leur âge.
Le dispositif, bien que louable, se trouve confronté à un manque de préparation généralisé, tant sur le plan logistique que sur celui de la formation des pharmaciens, ce qui pourrait compromettre son efficacité dans les semaines à venir.