À 16 heures, l’heure du goûter, nombreux sont ceux qui sortent discrètement d’un tiroir un paquet de biscuits acheté la veille. Mais avant de savourer le premier cookie, il faut affronter l’ouverture de l’emballage, une épreuve qui se termine souvent en drame. Pourquoi l’emballage se déchire-t-il systématiquement alors que le fabricant promet une « ouverture facile » ? La réponse tient à un équilibre délicat entre protection, coûts de production et ergonomie, comme l’expliquent les spécialistes interrogés par 20 Minutes.
Une frustration partagée par une majorité de consommateurs
Le problème est loin d’être anecdotique. Dès 2012, une étude menée par l’entreprise Essentra Packaging révélait que 61 % des consommateurs interrogés éprouvaient une « grande frustration » face à un emballage récalcitrant. Sur le forum Reddit « Est-ce que les gens qui calibrent les machines d’emballage avec ouverture facile cherchent à mettre le monde à feu et à sang ? », les témoignages abondent. Un utilisateur, Kaz94000, confie : « Mon pire ennemi à un moment, c’était la languette de grenadine Super U ». Un autre, Miserable_Depth, raconte : « J’avais besoin de ciseaux pour ouvrir un paquet. Et quelle ne fût pas ma déception de trouver des ciseaux sous plastique, impossible à ouvrir sans…. ciseaux ». Jmnx221 résume le sentiment général : « Ça me rend dingue tous ces emballages où tu fais super gaffe et où, soit ça se déchire de façon dégueulasse, soit t’as juste la languette entre les doigts ».
Le gouvernement s’est même emparé du sujet en 2016. Le secrétaire d’État chargé de la réforme de l’État et de la simplification, Jean-Vincent Placé, avait créé une « Commission à l’ouverture facile » et tenté de mettre en place un label « ouverture facile », mais sans succès, comme le rapporte L’Usine Nouvelle. L’ex-secrétaire d’État n’a pas répondu aux sollicitations de 20 Minutes pour expliquer cet échec.
Le dilemme des ingénieurs packaging : protéger ou faciliter
Pour comprendre, il faut interroger ceux qui conçoivent ces emballages. Serge Odof, directeur de l’ESIReims, l’école qui forme les ingénieurs packaging, explique : « Un emballage doit répondre à deux critères antagonistes. D’une part, protéger le produit en étant bien clos et bien étanche. D’autre part, donner la possibilité à un opérateur de l’ouvrir facilement ». Un défi central, mais qui se complique en production. « L’opérateur de production peut très bien agir sur les réglages machine et faire une soudure plus résistante que prévu, pour assurer une bonne étanchéité de la barquette », précise-t-il. Ainsi, l’ouverture facile peut devenir difficile « par excès de zèle de l’opérateur ».
L’ergonomie entre aussi en jeu. « Une ouverture facile pour un adulte ne le sera pas forcément pour une personne âgée ou un enfant. Tous les publics ne répondent pas de la même façon », poursuit Serge Odof. Parfois, le consommateur est lui-même en cause, « parce qu’il ne prend pas le temps de lire l’explication de l’ouverture facile ». À l’inverse, « il y a une mauvaise communication du fabricant pour des ouvertures faciles qui sont parfois contre-intuitives ».
Une norme ISO existante mais non contraignante
Il existe pourtant un document qui pourrait résoudre bien des problèmes : la norme ISO 17480, qui traite de la « conception accessible » et de la « facilité d’ouverture » des emballages. Elle fournit « des recommandations de conception, ce qu’il faut faire, ce qu’il ne faut pas faire », mais ne revêt aucun « caractère obligatoire », souligne Serge Odof. Une norme donc purement indicative, que les fabricants ne sont pas tenus de suivre.
La cause principale des galères reste néanmoins économique. « Sur les bouteilles d’eau par exemple, plus le bouchon est haut, plus il est facile à ouvrir. Mais il est aussi plus cher à produire », remarque le directeur d’ESIReims. De plus, une ouverture facile élaborée ralentit souvent la cadence de production, ce qui augmente les coûts. En définitive, « exception faite des marques premium, c’est le côté économique qui l’emporte », insiste le spécialiste. Le consommateur, lui, doit se contenter de finir son paquet de cookies désormais impossible à refermer.