Objets anciens : pourquoi les faire expertiser chez soi ?
Objets anciens : pourquoi les faire expertiser chez soi ?

Pourquoi faire expertiser les objets anciens que l’on possède chez soi ?

Un chef-d’œuvre moghol retrouvé au-dessus d’une imprimante, une maquette rarissime finalement acquise par le Louvre, un ouvrage ayant appartenu à François Rabelais… Des petites bibliothèques ou recoins de bureaux cachent parfois des pièces totalement insoupçonnées. Des découvertes rares, parfois spectaculaires, qui racontent autant l’histoire des familles que celle des civilisations.

Une enluminure perse inédite

Sur les hauteurs de Sainte-Agnès, près de Nice, rien ne semblait annoncer une découverte exceptionnelle. Ce jour-là, Paul-Antoine Vergeau, commissaire-priseur, effectue un inventaire classique chez un particulier. Quelques souvenirs de voyages, des objets asiatiques, rien d’extravagant. « Je lui ai proposé de faire le tour de la maison, au cas où », raconte l’expert. Dans un bureau sombre, une image attire son regard au-dessus d’une imprimante. « J’ai été surpris, j’ai cru à un poster. Et très vite, j’ai compris que c’était un chef-d’œuvre. » L’objet se révèle être une enluminure perse moghole datant des années 1630, représentant le souverain Shah Jahan — celui-là même qui fit construire le Taj Mahal — dans son palais de Burhanpur. Réalisée à la gouache, à l’or et à l’encre sur papier, l’œuvre appartient à un ensemble recherché depuis des décennies par les spécialistes. « C’était l’un des feuillets inconnus d’un album extrêmement célèbre. Je n’avais jamais vu une pièce d’une qualité aussi phénoménale. » Le reste du recueil est conservé à Windsor et Saint-Pétersbourg. Cette petite enluminure au-dessus de l’imprimante sera vendue 540.000 euros à un musée suisse.

Une maquette unique acquise par le Louvre

Autre découverte marquante : une petite maquette aperçue dans une chambre lors d’un inventaire à Nice. « Elle faisait environ quarante centimètres de haut. J’ai immédiatement reconnu la basilique du Saint-Sépulcre de Jérusalem, mais je ne connaissais pas cet objet. » En poursuivant ses recherches, Paul-Antoine Vergeau comprend qu’il s’agit d’une maquette extrêmement rare réalisée entre le XVIe et le XVIIIe siècle par des artisans de Jérusalem pour remercier les grands donateurs européens finançant les lieux saints. À travers un ingénieux système démontable, la maquette permet de « se promener » dans les différents espaces sacrés, comme une forme de parcours spirituel miniature. Dans le monde, une trentaine d’exemplaires seulement sont connus. Mais celui découvert à Nice possède une particularité inattendue : des fleurs de lys décorent l’ensemble. « C’était soit la royauté française, soit Florence. » Hasard incroyable, la seule spécialiste de ces maquettes en France était située à côté de l’étude. Et la veille de la vente, le Louvre a annoncé par décret la création du Département des Arts de Byzance et des Chrétientés en Orient. « Le musée a ainsi préempté l’œuvre qui est devenue la première pièce de la collection, sourit Me Vergeau. Puis, après un an et demi de recherches, le conservateur m’a annoncé : ‘Asseyez-vous, c’est bien la maquette qui appartenait à Louis XIV.’ »

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Le livre disparu de la bibliothèque de Rabelais

Certaines découvertes se jouent parfois dans des détails presque invisibles. Dans une succession récemment expertisée, une famille évoque un ouvrage ancien dont elle avait entendu parler depuis des années, persuadée qu’il avait disparu depuis longtemps. En fouillant la bibliothèque, le commissaire-priseur et son expert retrouvent finalement le livre en question : un traité de médecine grecque ayant appartenu à François Rabelais, médecin autant qu’écrivain. La preuve ? Une discrète signature manuscrite à l’encre. « Il faut avoir l’expérience pour le voir. » L’ouvrage sera présenté aux enchères le 28 mai prochain.

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Des trésors dans des boîtes oubliées

Toutes les découvertes ne concernent pas forcément des œuvres historiques majeures. Certaines commencent dans de simples boîtes oubliées. « Une dame m’avait apporté plusieurs petits objets en disant : ‘C’est une Russe qui m’a donné ça quand j’étais sa concierge.’ » Parmi des bibelots sans apparente importance, deux petites boîtes émaillées attirent finalement l’attention du commissaire-priseur. Grâce aux poinçons en cyrillique, elles sont identifiées comme des créations de Fabergé. L’une sera vendue 50.000 euros, l’autre 18.000. « Elle est revenue nous voir avec une bouteille de champagne et nous a montré la salle de bain qu’elle avait pu refaire », se souvient l’expert.

Un métier de confiance et de transmission

Au-delà des montants parfois spectaculaires, le commissaire-priseur insiste surtout sur le rôle d’accompagnement de son métier. « Quand la vie des gens change brutalement, il peut y avoir de la peur, une crainte de l’arnaque ou l’envie de vendre immédiatement sur internet. Notre travail consiste aussi à préserver ce lien de confiance. Notre mission permet de redonner du sens aux objets et le goût de l’histoire aux gens. Nos anciens faisaient des choses de grande qualité avec des valeurs inestimables. C’est important d’éveiller les gens là-dessus et de démocratiser le respect de notre patrimoine », conclut Paul-Antoine Vergeau.

Comment procéder si un objet vous intrigue ?

Certains détails doivent attirer l’attention : des poinçons, des cachets au dos des œuvres asiatiques, des signatures manuscrites, des inscriptions en cyrillique, des monnaies anciennes, ou simplement un objet « qui sort un peu du commun ». Au moindre doute, il suffit souvent d’envoyer quelques photos à Millon Riviera. Le renseignement est gratuit et aujourd’hui très accessible. Et parfois, derrière un cadre accroché depuis des décennies ou une petite boîte oubliée au fond d’un placard, se cache bien plus qu’un simple objet : une histoire, un patrimoine… ou une découverte exceptionnelle.