Le gouvernement a annoncé, mardi, la mise en place d'un « bonus territoire ruralité » de 80 euros pour les infirmiers libéraux, dans le cadre de nouvelles aides aux carburants. Une mesure jugée « dérisoire » par la profession, qui alerte sur un « travail à perte » et ses conséquences sur l'accès aux soins.
Une aide de 80 euros jugée insuffisante
Laetitia Chillaud-Bévier, infirmière libérale et administratrice de l'ONSIL (Syndicat des infirmiers libéraux), parcourt chaque jour plus de 100 kilomètres à travers le Val-de-Marne pour rendre visite à ses patients. Depuis plusieurs semaines, la hausse des prix à la pompe menace son activité : « Avec l'augmentation des prix de l'essence, je dépense environ 200 euros de plus par mois, c'est de l'argent en moins sur mon revenu », témoigne-t-elle.
L'annonce d'un versement unique de 80 euros, faite par la ministre de la Santé, Stéphanie Rist, n'a pas séduit la profession. « C'est dérisoire, déplore l'infirmière libérale, 80 euros, ça ne couvre même pas un plein de SP95. » La praticienne ne sait pas réellement si elle pourra en bénéficier, « c'est encore un peu flou », confie-t-elle. La mesure devrait concerner environ 25 000 infirmiers libéraux, « mais nous sommes 100 000 », lance cette dernière.
Des indemnités kilométriques jugées obsolètes
Lorsqu'elle se rend chez un patient, l'infirmière touche, comme l'ensemble de ses collègues, une indemnité forfaitaire de 2,75 euros brut « soit 1,10 euro net ». S'ajoute à cela une indemnité kilométrique de 0,35 centime par kilomètre en plaine et de 0,50 centime en montagne, lorsque le patient et le cabinet sont éloignés de plus de deux kilomètres (un en montagne) et ne se trouvent pas dans la même commune.
« Les infirmiers libéraux qui sillonnent les régions les plus reculées et souvent éloignées de leur cabinet savent que les indemnités kilométriques ne sont plus à la hauteur ni du prix du carburant ni des frais d'entretien de nos outils de travail que sont nos véhicules », déplorait déjà l'ONSIL en 2024. « Quand on fait 30 minutes de trajet pour aller chez un patient en étant payé 1,10 euro, mais qu'on paye son litre de carburant plus de 2 euros, on travaille à perte », mentionne son administratrice.
Un risque pour l'accès aux soins
Ce travail à perte incite certains professionnels à annuler des rendez-vous. « Malheureusement, on doit prioriser et délaisser les patients qui n'ont pas besoin de soins urgents », s'inquiète Laetitia Chillaud-Bévier. La professionnelle de santé confie avoir déjà demandé à des patients réguliers de contacter d'autres infirmiers plus proches de leur domicile. « Souvent, ils reviennent vers nous après avoir appelé une vingtaine de soignants » dans l'incapacité de les prendre en charge.
« Si les prix continuent d'augmenter, cela va mettre en grande difficulté l'accès aux soins », alerte la membre de l'ONSIL. Elle rappelle : « Les infirmiers libéraux permettent d'éviter les hospitalisations et de désengorger les urgences. »
La prime grands rouleurs désormais accessible
Au total, un infirmier libéral roule environ 33 000 kilomètres par an, selon le syndicat. C'est bien plus que les 8 000 kilomètres annuels demandés pour pouvoir accéder à la prime grands rouleurs, soumise à des conditions de revenus. Depuis mardi, cette aide est désormais susceptible de les concerner car son plafond a été revu à la hausse. Selon la ministre déléguée à l'énergie, Maud Brégeon, ce plafond est désormais de 2 035 euros net par mois pour une personne seule et de 6 104 euros nets pour un couple avec deux enfants (avant prélèvement à la source).



