Alors que le sujet des logements HLM a été ravivé par une fausse information de Marine Le Pen, Midi Libre a choisi de donner la parole à ceux qui attendent un logement social et vivent dans des conditions précaires. Après un appel à témoignages lancé il y a une semaine, de nombreux lecteurs de toute la région ont raconté des années de demandes, de refus et d'errance, révélant un problème majeur : le parc social est insuffisant face à la demande.
Des familles entassées dans des studios
Alice*, 27 ans, vit dans un studio de 22 mètres carrés à Montpellier avec ses cinq enfants, dont une petite dernière d'un mois. Elle renouvelle ses demandes de HLM depuis plus de quatre ans. Il y a quelques années, alors qu'elle n'avait qu'un enfant avec son conjoint, la CAF l'a informée qu'elle ne percevrait plus d'APL car son logement était trop petit. "On m'a dit que je n'avais qu'à vivre dans une caravane sur un parking", raconte-t-elle. Le couple a finalement trouvé refuge chez un oncle qui leur loue un studio pour 150 euros par mois. Aujourd'hui, avec cinq enfants, l'organisation est un casse-tête : "On a un lit mezzanine, il y a deux enfants en haut, mon conjoint et moi en bas. Il y a un lit parapluie et un lit à barreau, et la dernière elle dort dans son couffin, sa poussette."
Nabil, père de quatre enfants, vit également à cinq dans un studio. Il a déposé 18 candidatures auprès d'Action logement, mais "nous sommes toujours dans l'attente d'une proposition correspondant réellement à notre situation. Les délais d'attente sont très longs et cette situation devient de plus en plus difficile à vivre au quotidien." Handicapé à 80 %, Nabil ne peut pas déménager loin : "J'aimerais rester à Montpellier parce que j'ai mes médecins ici. Je cherche simplement un logement suffisamment grand et adapté pour pouvoir vivre dignement avec mes quatre enfants."
L'instabilité psychologique des parents
Mélina, en apprentissage pour devenir assistante de vie aux familles à Montpellier, attend depuis 2023. Elle a connu "différentes solutions de logement d'urgence et temporaires" et confie : "Le plus difficile, je crois, c'est cette impression de ne jamais pouvoir dire à mes enfants : 'Voilà, ici, c'est chez nous.' Psychologiquement, cette instabilité commence à peser lourdement." Elle poursuit : "Je continue mes démarches et je continue d'espérer."
À Villeneuve-lès-Maguelone, Manon* a fui des violences conjugales avec ses trois enfants. Son logement actuel est insalubre et elle refuse d'y laisser vivre ses enfants. Elle vient de recevoir un avis d'expulsion et attend depuis cinq ans, malgré son invalidité qui complique sa situation financière.
Des logements inadaptés aux situations médicales
À Villeneuve-sur-Lot, le fils d'Emma*, âgé de 16 mois, a été hospitalisé cinq jours pour une crise d'asthme due à la moisissure de leur logement. "Aujourd'hui, l'hiver arrive et je stresse de savoir que l'état de mon fils va se dégrader", dit-elle. Son autre fils, 7 ans, souffre d'autisme sévère et ne peut pas monter à l'étage de la maison qu'ils occupent. Malgré un certificat de pédiatre et de l'hôpital, Emma n'a reçu qu'une proposition inadaptée : "Un logement malheureusement inadapté car le balcon était trop dangereux pour mon fils." Un trop grand nombre de refus peut entraîner un déclassement de son dossier en commission d'attribution.
Midi Libre a contacté ACM Habitat, premier bailleur d'Occitanie, pour réagir à ces situations d'urgence, sans réponse à ce jour. Ces témoignages illustrent l'urgence d'une réflexion sur l'adéquation entre l'offre et la demande de logements sociaux dans la région.