À Saint-Brès, Saint-Jean-de-Védas, Montpellier et Nîmes, cinq habitants de logements sociaux racontent des réalités contrastées, de la quiétude d'un pavillon de village aux nuits agitées des grands ensembles. Tous vivent en HLM, mais leurs expériences divergent fortement.
Nicole, 63 ans, épanouie dans son T2 à Saint-Brès
Nicole, 63 ans, se dit « super bien » dans son logement social de Saint-Brès, à 20 km de Montpellier. Elle y vit depuis 2006. Après avoir occupé un pavillon de trois chambres, elle a demandé un déménagement à la cessation de son activité pour trouver « quelque chose de plus petit ». Un échange avec une autre locataire, qui cherchait plus grand, lui a permis d'obtenir rapidement son nouveau logement.
Depuis août, elle profite d'un T2 de 65 m² de plain-pied, avec jardin et deux places de parking. Le loyer s'élève à 580 euros, soit environ 100 euros de moins qu'auparavant. « Je suis très contente », assure-t-elle. Dans son quartier des Chênes, elle connaît tout le monde et l'ambiance est très bonne. Toutefois, elle est un peu à l'étroit depuis la séparation de sa fille en avril, qu'elle héberge avec sa petite-fille. Cette dernière a déposé une demande de logement social, mais n'a pas eu de réponse favorable pour l'instant, car « il y a toujours quelqu'un avec un meilleur dossier qui passe devant ».
Perrine, 30 ans, a fait de son appartement un cocon
Perrine, 30 ans, a trouvé son équilibre dans le quartier récent de Roque-Fraïsse, à Saint-Jean-de-Védas. Elle a obtenu en janvier 2024 un T2 de 42 m², après avoir déposé sa demande en juin 2022. « C'est mon village, donc je suis très heureuse d'avoir eu cet appartement, raconte la jeune femme. C'est plusieurs mois d'attente mais finalement, c'est assez rapide quand je compare avec d'autres personnes, car j'avais la chance de connaître du monde. Sinon, ça peut prendre des années. »
Son appartement n'est pas parfait : dix mètres carrés sont occupés par un couloir et, à son arrivée, il n'y avait pas réellement de cuisine. « Mais au fur et à mesure, j'en ai fait mon petit cocon », explique-t-elle. À 450 euros par mois, elle estime avoir trouvé une solution intéressante, en attendant d'acheter un appartement avec son compagnon.
Magali, 60 ans, refuse un déménagement inadapté
Magali, 60 ans, vit dans le parc social depuis 26 ans à Saint-Jean-de-Védas. À l'époque, l'obtention de son logement lui avait permis de diviser son loyer par deux. Aujourd'hui, ses enfants sont partis, mais elle occupe toujours son T4 avec jardin. Elle a envisagé de déménager, mais la proposition qu'on lui a faite ne l'a pas convaincue : « Je voulais un T3 pour pouvoir accueillir mes petits-enfants et mon fils qui vit loin, on m'a proposé un T2 sans garage, sans jardin et sans place de stationnement, pour un loyer supérieur ».
Elle a donc décidé de rester, car elle n'est « pas si mal » dans son logement, parmi les premiers construits dans le village, malgré la hausse des incivilités constatée ces dernières années.
À Montpellier et Nîmes, le poids du trafic de drogue
À Montpellier, Foudi, 87 ans, installé à Paul Valéry depuis 1979, regarde son quartier avec nostalgie. « Avant, il y avait du gazon partout », raconte-t-il. Depuis, les arbres ont été taillés et le terrain de pétanque s'est vidé. « Plus personne ne joue », regrette le retraité. Le quartier a aussi connu l'arrivée du trafic de drogue et des nuits parfois très bruyantes. « On a eu des moments où il y avait du bruit jusqu'à 4 ou 5 heures du matin, se souvient-il, mais ces derniers temps, ça va mieux. » À 87 ans, Foudi n'envisage pas de partir, tout comme son ami Betaïeb, présent depuis 1998.
À l'inverse, Mohammed, 58 ans, dont le prénom a été changé, raconte une réalité beaucoup plus difficile à vivre au quotidien. Dans son T2 situé dans le quartier Pissevin, à Nîmes, il dit ne plus reconnaître l'endroit où il a grandi. « C'est devenu invivable avec le trafic de drogue. » Il évoque la peur, les commerces qui ont fermé et « la vie de quartier » qui, selon lui, a disparu. Il aimerait partir, mais ne le peut pas. En invalidité, sa pension ne lui permet pas de se loger ailleurs. Il reste, en attendant les effets de l'énième programme de rénovation urbaine censé « réhabiliter » la ZUP Sud de Nîmes, mais sans se faire trop d'illusions.