Bonneval attaque Nestlé sur l'appellation "eau minérale naturelle" de Perrier, Contrex et Hepar
Bonneval attaque Nestlé sur l'appellation eau minérale naturelle

Bonneval lance une offensive judiciaire contre Nestlé Waters

Dans un nouveau rebondissement du scandale des eaux contaminées chez Nestlé Waters, la marque savoyarde Bonneval a formé un recours en justice contre les arrêtés préfectoraux autorisant la filiale du groupe suisse à utiliser la mention prestigieuse "eau minérale naturelle" pour ses marques emblématiques Perrier, Contrex et Hepar. Cette action juridique intervient après la publication d'informations révélées par BFMTV, mettant en lumière un conflit réglementaire majeur dans l'industrie des eaux en bouteille.

Le cœur du litige : la compatibilité de la microfiltration

Fin décembre, deux arrêtés du préfet des Vosges ont autorisé Nestlé à utiliser le label "eau minérale naturelle" pour Contrex et Hépar, malgré l'utilisation de filtres avant la mise en bouteille. Quelques jours auparavant, Perrier avait obtenu une autorisation identique du préfet du Gard. Bonneval conteste fermement ces décisions, arguant qu'elles ne respectent pas le cadre réglementaire strict qui régit cette appellation.

Selon la réglementation en vigueur, une eau minérale naturelle doit être potable et sans risque bactérien à la source, filtrée uniquement par des processus naturels et ne subir aucun traitement. Or, Bonneval estime que les procédés de microfiltration à 0,45 micron employés par Nestlé constituent un traitement de désinfection, incompatible avec la définition légale. "Ces arrêtés engendrent une confusion pour le consommateur", dénonce l'entreprise, "car ils ne permettent plus de faire la différence entre une eau filtrée industriellement et une eau entièrement issue de la nature."

Un scandale qui persiste depuis 2024

Rappelons que Nestlé Waters est au centre d'une tempête médiatique et réglementaire depuis 2024, année où le groupe a admis avoir utilisé par le passé des traitements interdits pour ses eaux. Ces pratiques ont été remplacées par une microfiltration à 0,2 micron, dont la légalité a également été contestée, puis par une microfiltration à 0,45 micron. Cependant, ce dernier procédé reste vivement critiqué par des concurrents comme Bonneval et diverses associations de consommateurs, qui jugent qu'il ne correspond pas aux exigences du label "eau minérale naturelle".

Bonneval va plus loin en affirmant que ces autorisations préfectorales "ouvrent la voie à la commercialisation, sous l'appellation 'eau minérale naturelle', d'une eau traitée comparable à de l'eau du robinet, vendue jusqu'à 150 fois plus cher, au détriment de la protection des consommateurs." Cette position soulève des questions cruciales sur la transparence et l'équité dans le marché des eaux embouteillées.

La détermination de Bonneval à défendre la réglementation

David Merle, directeur général de Bonneval, a affirmé avec fermeté que son entreprise est "déterminée à défendre le respect strict du cadre réglementaire applicable aux eaux minérales naturelles et à aller jusqu’au bout de toutes les voies de droit à sa disposition." Il a ajouté : "Nous nous battrons contre toute volonté de transformer cette eau en produit filtré industriellement sans que le consommateur n’en soit informé." Cette déclaration illustre l'engagement de la marque savoyarde à préserver l'intégrité de l'appellation et à protéger les intérêts des consommateurs.

En décembre dernier, Bonneval avait déjà assigné Nestlé devant le tribunal de Nanterre pour concurrence déloyale, réclamant la suspension de la commercialisation des bouteilles d'eau et une réparation financière de 1,6 milliard d'euros. Cette nouvelle action en recours renforce donc l'offensive juridique de la petite entreprise contre le géant suisse.

Présentation de la marque Bonneval

Bonneval est une marque française appartenant à Bonneval Waters, une société indépendante créée au début des années 2010 pour exploiter la source alpine de Bonneval-sur-Arc, en Savoie. Détenue par ses fondateurs et des investisseurs français, elle se distingue en ne dépendant d'aucun grand groupe mondial de l'eau, tels que Danone (propriétaire d'Evian), Nestlé Waters ou Coca-Cola. Positionnée sur le segment premium, Bonneval axe sa stratégie sur la restauration, l'hôtellerie et l'export, évitant ainsi la grande distribution pour privilégier des circuits de vente exclusifs.

Ce conflit réglementaire met en lumière les tensions croissantes au sein de l'industrie des eaux minérales, où les définitions légales et les pratiques commerciales sont de plus en plus scrutées. L'issue de cette bataille judiciaire pourrait avoir des répercussions significatives sur l'ensemble du secteur, en redéfinissant potentiellement les standards de qualité et de transparence attendus par les consommateurs.