Martial Farago, président du groupement des commerçants du Polygone à Béziers, fédère près de 120 enseignes et tient l'une des plus anciennes boutiques du centre commercial, Acid Queen, ouverte en septembre 2010. Issu d'une famille de Nissan installée depuis huit générations, il s'est établi à Béziers il y a deux décennies, après avoir été salarié du Morrison Hôtel, qu'il décrit comme « la meilleure boutique de la ville à l'époque », rue Française.
Un parcours marqué par l'ouverture du Polygone
En 2009, Martial Farago découvre les palissades de la zone de l'Hours, où le premier centre commercial à ciel ouvert sur le monde est en construction. « Je regardais ça avec des yeux pleins d'étincelles sans jamais imaginer la possibilité d'y ouvrir un magasin », se souvient-il. Après des négociations avec la Socri, devenue Ceïba, le bailleur, il parvient à ouvrir sa propre boutique, Acid Queen, dès le lancement du centre commercial en septembre 2010.
De son expérience au cœur de Béziers, il conserve un réseau solide : « Tous les commerçants du centre-ville, je les connais », affirme-t-il. Avec sa nature positive et « sa confiance en l'avenir », il a le contact facile : « J'aime les gens et leur faire plaisir », ajoute-t-il. C'est ce qui le guide dans son métier.
Une stratégie de différenciation face aux géants
Depuis sa boutique indépendante à l'ADN « glam rock », Martial Farago a observé le départ du géant H & M et l'arrivée du commerce en ligne, mais Acid Queen n'a pas tremblé. Son secret : « L'identité du magasin, c'est de se différencier. On a essayé de faire différemment avec une ambiance musicale, olfactive, visuelle. » Il se dit « assez volontaire », pas du genre à baisser les bras. « Le commerce a toujours évolué. Aujourd'hui, c'est internet mais avant, il y a eu l'arrivée des grandes chaînes. Qu'est-ce qu'on fait ? On s'arrête ? » Pas une option pour lui : « On ne lutte pas contre le progrès, il faut l'accompagner. »
Cet état d'esprit lui permet d'accueillir avec optimisme l'arrivée de Primark, dans les semaines ou les mois à venir, à quelques dizaines de mètres de sa boutique : « C'est une nouvelle étape dans la vie du centre commercial. Cela va lui redonner un nouvel élan, ainsi qu'à la ville. C'est une chance. » De son côté, il prévoit de rénover sa boutique.
Un discours mesuré et une vision apolitique
Martial Farago, qui assume son homosexualité sans en faire un sujet central, explique : « Le fait d'être qui je suis, c'est déjà du militantisme. Quand on ne connaît pas les gens, on se fait des idées, mais quand c'est son voisin, son collègue, une personne que l'on côtoie au quotidien, on s'en fait moins. Mais les gens ne se posent plus trop de questions. On est passé des années 80 à 2026 : ça n'intéresse plus grand monde, les choses ont évolué positivement. Cela reste malgré tout un sujet qui me concerne, cela fait partie de ma personnalité, de qui je suis. »
En tant que représentant des commerces du Polygone, il adopte un discours « apolitique et apartisan », précise-t-il. Une philosophie qui lui a réussi jusqu'ici. Il partage également ses goûts personnels : il apprécie les halles de Béziers, le traiteur libanais, le caviste Les Jajalogues et la Maison du jambon ibérique. Pour le café, il fréquente Le Glacier en centre-ville, aimant les cafés courts, forts et pas trop chauds. Il a un faible pour le burger frites et cuisine des plats comme le jambalaya ou le gombo avec des épices cajuns. Il apprécie le vin blanc du château La Négly. Sa passion : voyager et inviter ses amis, et il considère que « travailler, ce n'est pas une contrainte », car il aime imaginer des idées et créer. Ce qui l'agace : les gens qui roulent doucement en voiture. Sa crainte : « Qu'on ne sache pas s'adapter ».