Dette publique : un essai pour sortir du cercle vicieux français
Dette publique : un essai pour sortir du cercle vicieux

Voilà un essai qui tombe à pic. À l’heure où la dette publique française dépasse les 3 460 milliards d’euros, où la charge d’intérêt remonte et où la protection implicite des taux bas appartient définitivement au passé, le livre d’Olivier Klein, Dette, réformes et démocratie : comment sortir du cercle vicieux français ?, publié chez Décryptage Éditions, propose une boussole intéressante pour nous libérer de ce fardeau.

Un diagnostic au-delà du budget

Économiste, professeur à HEC, banquier, Olivier Klein ne se contente pas d’un énième réquisitoire contre les déficits publics. Son propos va plus loin. Selon lui, la dette dépasse de très loin le champ budgétaire : elle est le symptôme d’un dérèglement plus profond, celui d’une démocratie qui peine à hiérarchiser ses priorités, à articuler droits et devoirs, à penser le long terme et, surtout, à accepter le coût politique des choix.

« La dette n’est plus seulement une donnée macroéconomique : elle est devenue un indicateur institutionnel. La dette est également révélatrice d’un pays dont le modèle économique et social dysfonctionne structurellement et qui ne semble pas pouvoir se résoudre à accepter les réformes qui le rendraient soutenable », écrit-il.

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La valse des fausses solutions

La première moitié de l’ouvrage, consacrée au diagnostic, reprend des constats désormais bien connus : croissance potentielle atone, dépense publique massive mais peu efficace, taux d’emploi insuffisant, fiscalité déjà record, compétitivité affaiblie. Klein démonte utilement les fausses solutions qui prospèrent dans le débat public : illusion d’un « trésor caché » chez les plus riches, croyance dans une monétisation sans fin, fantasme de l’annulation de la dette. Il rappelle, avec rigueur, qu’un pays ne restaure pas son modèle social en érodant sa base productive.

Mais le livre prend toute sa force lorsqu’il quitte le seul terrain économique pour aborder celui de la politique. Pour Olivier Klein, l’endettement nourrit une crise générale de confiance : envers l’État, jugé incapable de tenir un cap ; entre les citoyens eux-mêmes, chacun suspectant l’autre de ne pas payer sa juste part. Dans un tel climat, la réforme devient explosive, même lorsqu’elle est modeste, car elle se heurte à une société persuadée que l’effort sera inéquitable ou vain.

Les dérives d’une hyperdémocratie

Le chapitre le plus stimulant est sans doute celui consacré à ce que l’auteur considère comme les dérives d’une hyperdémocratie à la française : extension continue des droits, quête obsessionnelle de l’égalité, refus croissant de la contrainte, hypertrophie d’un État sommé de réparer toutes les vulnérabilités… « Ensemble, ces dérives transforment progressivement la démocratie en un système instable, générateur de frustrations, de conflits, et, in fine, de déséquilibres sociétaux, économiques et financiers durables », analyse Olivier Klein.

L’analyse est parfois sévère pour notre pays, mais elle touche juste. Là où tant d’analyses sur la dette s’arrêtent dans les coulisses de Bercy, Olivier Klein remonte jusqu’au contrat civique. Il montre comment l’emprunt public a fini par servir de médiation commode entre des demandes illimitées et un pouvoir incapable de dire non.

Son livre ne propose pas de remède miracle, ou un énième catalogue des réformes à mettre en place. Mais il rappelle avec justesse que la problématique française n’est pas seulement de réduire la dette, mais de faire à nouveau de notre démocratie un « projet exigeant ».

Dette, réformes et démocratie : comment sortir du cercle vicieux français ?, d’Olivier Klein (Décryptage Éditions, 144 pages, 16 euros).

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