Une décollecte historique pour le Livret A en janvier 2026
La perspective de la baisse de la rémunération des livrets réglementés, effective depuis le 1er février, a provoqué des effets immédiats dès le mois de janvier sur la collecte du plus célèbre d'entre eux, le Livret A. Selon les données communiquées par la Caisse des dépôts et consignations, ce placement a enregistré une décollecte massive de 1,87 milliard d'euros au cours du premier mois de l'année. Ce montant considérable illustre clairement le désamour croissant des épargnants français pour ce produit pourtant facilement disponible, défiscalisé et garanti par l'État.
Une rupture avec la tradition saisonnière
« En règle générale, le mois de janvier constitue une période favorable pour le Livret A et le LDDS, principalement en raison des étrennes de fin d'année et des primes, telles que le treizième mois, versées par les employeurs. Janvier 2026 ne s'inscrit absolument pas dans cette logique habituelle », souligne avec insistance Philippe Crevel, directeur du Cercle de l'épargne. Cette observation met en lumière un phénomène économique inhabituel qui rompt avec les tendances saisonnières établies depuis de nombreuses années.
Une réallocation vers l'assurance-vie
Cette décollecte significative s'inscrit dans une tendance plus large observée depuis plusieurs mois consécutifs. « La baisse progressive du taux du Livret A conduit inévitablement à une réallocation stratégique de l'épargne au profit de produits plus rémunérateurs, notamment l'assurance-vie. La communication des rendements des fonds en euros, diffusée au courant du mois de janvier, a certainement incité un nombre important d'épargnants à opter massivement pour ce placement alternatif », estime avec précision M. Crevel. Les fonds en euros des contrats d'assurance-vie ont affiché un rendement moyen d'environ 2,7 % pour l'année 2025, tandis que le Livret A ne rapporte désormais plus que 1,5 %, créant ainsi un écart de rentabilité substantiel.
Le LDDS suit la même tendance négative
Le petit frère du Livret A, le Livret de développement durable et solidaire (LDDS), enregistre également une décollecte préoccupante au mois de janvier, évaluée à 400 millions d'euros. Au total, la décollecte cumulée du Livret A et du LDDS s'est élevée à 2,27 milliards d'euros pour l'ensemble des réseaux bancaires durant le mois de janvier 2026. Plus de 613 milliards d'euros restent néanmoins déposés sur ces deux livrets réglementés, mais ce chiffre représente tout de même 9 milliards de moins qu'il y a exactement un an, marquant un recul notable.
Stabilité relative pour le Livret d'épargne populaire
L'encours du Livret d'épargne populaire (LEP) demeure, pour sa part, relativement stable, avec une légère collecte positive de 2 millions d'euros seulement. Ce placement, réservé exclusivement aux ménages aux revenus modestes, a également vu sa rémunération officielle baisser, passant de 2,7 % à 2,5 % depuis le 1er février dernier. L'encours total du LEP s'établit actuellement à 83,8 milliards d'euros, contre 82,3 milliards à la fin du mois de janvier 2025, indiquant une croissance modeste mais réelle.
Cette situation globale témoigne d'un rééquilibrage majeur des préférences d'épargne des Français, qui semblent de plus en plus enclins à rechercher des rendements supérieurs, même au prix d'une liquidité moindre ou d'une prise de risque légèrement accrue. Les établissements financiers et les autorités de régulation devront probablement analyser en profondeur ces mouvements de capitaux pour adapter leurs offres et leurs politiques en conséquence.



