Les frais des fonds d'actions peuvent absorber l'intégralité des plus-values annuelles
Si vous investissez 10 000 euros dans un fonds d'actions et que celui-ci enregistre une performance de 2% sur l'année, la totalité de cette plus-value de 200 euros pourrait être reversée en frais courants. Cette révélation émane d'un rapport de l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA) publié le 6 novembre 2025. Les 200 euros de gains potentiels ne tomberaient donc pas dans la poche de l'investisseur mais serviraient à rémunérer les intermédiaires financiers.
Une répartition des frais qui évolue en faveur des distributeurs
Le rapport de l'ESMA apporte un autre enseignement majeur concernant les organismes de placement collectif en valeurs mobilières (OPCVM). Les frais de ces produits financiers se partagent désormais à parts égales entre les gestionnaires, qui composent et gèrent activement ces portefeuilles, et les distributeurs, qui en vendent des parts aux investisseurs particuliers et institutionnels.
Les banques, les sociétés d'investissement et les conseillers en gestion de patrimoine ont ainsi perçu 48% des frais courants de ces fonds en 2023, selon les calculs de l'Association européenne des gestionnaires d'actifs. Cette proportion marque une augmentation significative par rapport à 2020, où les distributeurs n'en percevaient que 38%.
La baisse des frais de gestion compense l'augmentation de la part des distributeurs
L'augmentation de la part des distributeurs dans les frais courants s'explique principalement par la diminution simultanée de celle des gestionnaires. Hors des fonds indiciels cotés (ETF) dont la gestion dite « passive » demande moins de travail que les fonds gérés activement, les frais de gestion ont enregistré des baisses notables entre 2019 et 2023.
L'ESMA précisait le 14 janvier 2025 que ces frais avaient diminué de 5% pour les fonds d'actions, de 13% pour les fonds obligataires et de 2% pour les fonds diversifiés sur cette période de quatre ans.
À quoi servent ces frais prélevés par les gestionnaires ?
« Principalement des analyses coûteuses, qui constituent la valeur ajoutée de ces produits », affirme Adina Gurau-Audibert, directrice des expertises de l'Association française de la gestion financière. Le montant de ces frais varie considérablement en fonction des moyens et des méthodes déployés par les sociétés de gestion.
Camille Dupuis, directrice associée du cabinet de conseil aux investisseurs institutionnels Amadeis, détaille : « Selon la qualité de l'analyse macroéconomique, si l'analyse financière est réalisée en interne, si les données sont achetées à un prestataire externe ». Ces différences de coûts expliquent en partie les écarts de performance nets entre les différents fonds disponibles sur le marché.
Cette situation soulève des questions importantes sur la transparence des frais et leur impact réel sur la performance nette des investissements pour les épargnants. Les rapports successifs de l'ESMA mettent en lumière l'importance de bien comprendre la structure des coûts avant de s'engager dans un placement financier.



