Un silo agricole de Dompierre-sur-Mer transformé en centre d'affaires et de formation
Le monumental silo à grains de Corne-Neuve, qui domine le canal de Marans à Dompierre-sur-Mer depuis 1952, connaît une seconde vie. Cette cathédrale agricole de béton, conçue par l'ingénieur parisien Gerry pour la Coopérative des producteurs agricoles de Nieul-sur-Mer, était inutilisée par Terre Atlantique depuis l'explosion meurtrière d'un silo à Blaye en 1997.
Un projet porté par des entrepreneurs locaux
Jordan Meseder et Aurélie Nguyen, dirigeants de MP Ouest Services, ont convaincu Terre Atlantique de leur céder l'ensemble du site. Leur société de travaux de chaudronnerie et de soudage en hauteur, qui compte cinq salariés et réalise un chiffre d'affaires annuel d'un million d'euros, a récemment travaillé sur la remise en état des silos incendiés de la Sica à La Rochelle.
« Ils ne cherchaient pas à vendre, explique Jordan Meseder, mais le projet de reconversion du site, tout en gardant la trace de son histoire agricole, leur a plu. » La société civile immobilière créée par les jeunes entrepreneurs est devenue propriétaire en juin dernier.
Un plan de reconversion ambitieux en deux étapes
Le projet se déroule en deux phases :
- Utiliser un bâtiment annexe pour reloger leur entreprise
- Créer des bureaux, un espace de coworking et valoriser l'ensemble de 34 mètres de haut
L'édifice comprend dix cellules à grains initialement conçues pour stocker 5 000 à 8 000 tonnes de céréales. La salle située au-dessus des cellules de stockage sera dédiée à l'accueil de réunions et séminaires. Les locaux situés tout en haut deviendront une salle de réunion avec coin bar, espace « lunch » et laboratoire pour traiteurs.
Un rooftop avec vue panoramique et centre de formation
Le toit-terrasse principal sera aménagé en rooftop offrant une vue panoramique sur La Rochelle, une partie de l'Aunis et l'océan. Les longs cylindres de 4,5 mètres de large serviront d'outils de formation aux métiers manuels en hauteur nécessitant l'usage de cordes, harnais et mousquetons.
« Il n'y en a pas dans la région », souligne Aurélie Nguyen, pour qui ce projet représente « l'aventure d'une vie ».
Un patrimoine industriel préservé
Malgré les travaux de nettoyage qui ont permis d'extraire quatre tonnes de câbles et 60 tonnes de machines, certaines pièces à valeur mémorielle datant des années 1950 à 1960 ont été conservées. De la pointeuse à cloche placée à l'entrée du personnel jusqu'au poste de commandement des opérations de tri des céréales, ces éléments mettent en évidence la mémoire industrielle et agricole des lieux.
Le béton armé de la structure a traversé les décennies sans dommage, et la démolition de l'édifice aurait coûté plus d'un million d'euros, sans compter le blockhaus enterré à proximité.
Un contexte national favorable à la reconversion
Ce projet s'inscrit dans un contexte où le plan de résilience des silos français présenté par La Coopération agricole estime qu'il faudra démanteler 31% des 4 568 silos existants en France. 40% de ces monuments ont plus d'un demi-siècle, mais peuvent retrouver une utilité, surtout lorsque l'urbanisation s'en est rapprochée.
Les autorités locales, tant la mairie de Dompierre-sur-Mer que la Communauté d'agglomération de La Rochelle, se montrent bienveillantes à l'égard du projet, même si l'Architecte des bâtiments de France aura son mot à dire sur l'esthétique finale.
Jordan Meseder et Aurélie Nguyen, avec leur savoir-faire en chaudronnerie et soudure, pourront réaliser à moindre coût chaises, tables et autres meubles, tout en donnant peut-être des idées de réhabilitation à d'autres propriétaires de silos obsolètes.



