Un éleveur face à la résiliation de ses contrats d'assurance
Dans sa manade installée au cœur de la Petite Camargue, au Cailar, Renaud Vinuesa élève 200 taureaux et 70 chevaux. « Je ne sais pas et ne veux faire autre chose », confie-t-il, une semaine après avoir appris que son assureur, Groupama, allait résilier une partie de ses contrats. En ce bel après-midi d'automne, ses taureaux pâturent paisiblement dans un grand pré, profitant du confinement imposé pour éviter toute contagion à la dermatose nodulaire, une maladie infectieuse qui oblige à abattre tout le troupeau dès qu'un seul bovin est touché. Mais pour leur propriétaire, l'heure est grave. « On a connu de meilleures périodes, admet-il. Il y a toujours eu des hauts et des bas, c'est l'activité agricole qui veut ça. Mais là, c'est beaucoup de stress et d'anxiété. »
Le courrier tant redouté
Ce n'est pas tant le risque sanitaire qui inquiète l'éleveur. Comme nombre de ses pairs manadiers, il a reçu la semaine dernière le courrier de Groupama l'informant que son contrat pour les activités sur le domaine public serait résilié au 31 décembre. Très vite, il a relayé sa colère sur les réseaux sociaux. « Si au 1er janvier, je n'ai pas retrouvé d'assureur, tout simplement, je ne pourrai plus travailler », lâche-t-il. Il explique que la majeure partie de son activité est dédiée à la course camarguaise, et que sans la possibilité de réaliser des abrivados, des taureaux-piscines ou des ferrades, il ne pourra plus payer ses crédits et ses factures, et devra sacrifier des bêtes. Son cheptel compte aujourd'hui 200 taureaux et quelque 70 chevaux.
Près de 25 000 euros d'assurance par an
Cette perspective est déchirante pour cet homme qui a consacré sa vie à l'élevage. « Je ne sais rien faire d'autre. Je ne veux rien faire d'autre. Cela fait 25 ans que j'élève des chevaux et des taureaux, je suis animé par cette passion et je veux la transmettre à mes enfants et petits-enfants », se désole-t-il. Il se souvient d'un collègue qui, il y a 4-5 ans, a dû abattre toutes ses bêtes parce qu'il ne trouvait plus d'assurance après une augmentation de 500 % des contrats. Renaud Vinuesa dénonce une injustice : « On a tous subi ces hausses soudaines. Je suis presque devenu un gros client chez Groupama avec près de 25 000 euros d'assurance par an, dont 7 000 euros de responsabilité civile, alors que je n'ai pas eu un sinistre. » Il avoue même payer lui-même les petits incidents pour éviter des malus. Il regrette l'époque où l'assurance était familiale, avec un voisin ou quelqu'un du village servant de courtier, avant que des commerciaux et des boîtes vocales ne prennent le relais. « Comment voulez-vous nouer une relation de confiance ? », grogne-t-il.
Revenir aux fondamentaux
Renaud Vinuesa espère que la solution d'un nouvel assureur présentée par Bérenger Aubanel et Frédéric Lescot permettra de trouver une issue à la crise. « Sinon, c'est tout l'écosystème camarguais qui pourrait disparaître. L'abrivado, l'encierro, la bandido, c'est complémentaire de la course camarguaise. C'est un ensemble qui donne envie aux gens d'être là, de faire la fête. C'est le taureau qui façonne notre mode de vie, notre économie, notre culture. Je vis dans un village où certains jeunes ont tatoué dans le dos la tombe d'un taureau mort il y a cent ans », déroule le manadier. Pour contribuer à sauver ces traditions, il accueillera dans son mas du pont de Laute les assises des manadiers le 6 décembre prochain, initiative du député UDR de l'Hérault Charles Alloncle. Ce rendez-vous doit aussi permettre de changer certaines pratiques. « Nous aussi, on doit évoluer, revenir à des fondamentaux. Il faut que tout le monde s'y mette. Les bâches, la farine, monter sur les chevaux, ce n'est pas la tradition. Alors oui, peut-être pour certains ce sera moins rigolo… Mais aujourd'hui, on ne peut plus rigoler », justifie-t-il, sur un ton plus grave.
Le quotidien : plus de plaisir que de contraintes
Alors que l'on s'éloigne des taureaux pour admirer les chevaux sortis quelques jours plus tôt pour les fêtes des Saintes-Maries-de-la-Mer, Renaud Vinuesa retrouve sa verve pour parler de son quotidien de manadier. « On rentre en période automnale et c'est tout le travail d'élevage qui s'intensifie : prophylaxies, vermifications, castration des taureaux, sevrage des veaux, séparation des lots pour l'hiver. C'est à la fois passionnant et vital pour assurer l'avenir de l'exploitation. Tous les jours, on va aussi donner le foin, restructurer les clôtures, faire l'entretien des installations, du matériel, des camions pour être prêt pour la prochaine saison. Et quand ça recommence, c'est tout aussi intense, parfois avec des journées qui commencent à 8 heures pour préparer les animaux et finissent à 1 heure du matin. Être manadier, c'est un sacerdoce, mais quand on a la passion, c'est plus de plaisir que de contraintes », sourit-il enfin. Avant de lâcher : « Je n'ai vraiment pas envie de perdre tout ça pour des histoires d'assurance. »



