Tom Turbé, vigneron rétais, mise sur l'engrais vert pour une viticulture durable
En ce printemps où les couleurs redessinent la carte du vignoble rétais, l'engrais vert bourdonne tandis que la vigne bourgeonne dans les parcelles. Tom Turbé, 29 ans, viticulteur à La Couarde et adhérent à la coopérative UNIRE, exploite avec son père et son oncle 50 hectares de vignes et une dizaine en pommes de terre AOP. Depuis son BTS en viticulture et œnologie obtenu en 2018 à Angoulême, il est passé de la théorie à la pratique en appliquant son sujet d'étude technique au terrain, celui de l'engrais vert.
Une méthode expérimentée pour une synergie optimale
Méthode expérimentée durant son cursus sur plusieurs rangs et différents sols afin d'étudier la synergie entre la vigne et le couvert végétal. « En 2018, Frédéric Turbé, Christophe Caillaud et Anthony Cordon, président de la coopérative UNIRE, avaient commencé des essais dans ce domaine », rappelle-t-il. En raison des dénivellations de terrains où stagnent les eaux de pluie l'hiver, tout le vignoble rétais ne se prête pas à cette pratique. Pour autant, en ce printemps, le promeneur peut contempler ici et là, un foisonnement de plantes semées à la fin des vendanges entre les rangs.
Sur une grande parcelle entre le Bois et La Couarde, Tom liste les plantes qui dépassent le mètre pour certaines : moutarde, radis chinois, vesce, seigle et féverole. Elles se balancent au vent tout en apportant leur nectar aux butineuses en surface tandis qu'en sous-sol, leur action mécanique aère le sol en travaillant sur différents niveaux selon la plante semée. Un avantage économique et un coup de pouce à la nature avec les pollinisateurs et les coccinelles gourmandes de pucerons. « Ces plantes sont devenues des caches pour la faune », reprend Tom qui a constaté que les jeunes faisans étaient plus nombreux dans les portées, comme un effet papillon.
Agriculture raisonnée et défis environnementaux
En agriculture raisonnée et en démarche Haute valeur environnementale (HVE), il ne cache pas avoir dû utiliser cette année des produits phytosanitaires au pied des vignes. « Les autres années, c'était un travail mécanique mais avec toute l'eau cet hiver, nous n'avons pas pu rentrer dans les sols à temps », explique-t-il en ajoutant, « nous ne sommes pas des pollueurs, nous tenons aussi à notre santé ». Le soufre, produit naturel, permet de lutter contre l'oïdium. Avec le cuivre, il est l'un des piliers de la protection en viticulture biologique.
Tom détaille les effets de l'engrais vert sur ses vignes : « Cela évite les engrais de synthèse et rapporte de la matière organique végétale dans le sol en formant de l'humus. Qui dit humus, dit meilleur échange entre la vigne et le sol car la vigne y capte plus facilement les éléments minéraux. Cela ramène également des vers de terre qui en creusant des galeries permettent à l'eau de mieux s'infiltrer tandis que les racines rendent la terre plus meuble ». Les plantes permettent d'enrichir les sols en azote, élément clé pour la croissance et le rendement des vignes.
Broyage et restitution au sol
À partir du 7 avril, le végétal sera broyé afin de restituer la matière dans le sol en l'enfouissant. « En passant la griffe derrière, on voit que la terre est plus souple, elle n'est pas matraquée ni tassée, les racines ont bien fait leur travail ». La cave coopérative UNIRE exploite 1 500 hectares avec une quarantaine d'adhérents, renforçant cette synergie entre racines et plantes qui aèrent les sols et apportent de l'azote à la vigne.



