Le sauvetage des poules pondeuses devient une activité économique florissante
Sauvetage des poules pondeuses : une activité économique en plein essor

Le sauvetage des poules pondeuses se professionnalise

Une nouvelle activité économique émerge dans le secteur agricole : le sauvetage et la revente de poules pondeuses en fin de cycle de production. Des entreprises spécialisées mettent désormais en relation éleveurs et particuliers pour éviter l'abattage systématique de ces gallinacées, créant ainsi un marché alternatif qui connaît un succès grandissant.

Une file d'attente qui ne désemplit pas

Sur le parking du magasin Terranimo à Champcevinel, près de Périgueux, la scène est inhabituelle un mercredi après-midi. « Elles sont à combien les blondes ? » demande un client. « 20 euros, mais elles sont toutes prises », répond-on. L'entreprise Poules pour tous organise une vente de poules de réforme - ces pondeuses généralement âgées d'environ dix-huit mois qui ont terminé leur cycle de production.

De 14 à 16 heures, la file d'attente devant le camion ne diminue pas. Près de 500 volailles trouvent preneurs en quelques heures seulement. Le but avoué : leur offrir une seconde vie plutôt que l'abattage. Comme chaque mois dans la région, les clients se succèdent pour récupérer leurs gallinacées, parfois par lots de 15.

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Daniel, employé dans la compagnie de bus locale, explique sa démarche : « On est venu en chercher pour nous et pour les collègues. Le but, c'est à la fois de faire du recyclage de déchets et d'avoir des œufs. » Sa collègue Véronique, habituée de ces opérations, héberge déjà 33 poules sur ses 3 000 mètres carrés de terrain à Eyliac. « Ce sont toutes des poules sauvées », affirme-t-elle avec fierté.

Un système bien organisé

Sur place, l'organisation est rodée. Les clients se présentent tour à tour face à Marc-Antoine Gattelet, le livreur du jour. Chacun donne son nom et le nombre d'animaux commandés - les réservations ayant été effectuées dans la semaine précédente. Après vérification des fichiers, place à la livraison.

Dans le camion, des dizaines de caisses sont entassées. Marc-Antoine les ouvre une à une, attrapant parfois cinq ou six volailles simultanément pour les déposer dans les cartons des acheteurs. « Dans cinq minutes, elles sont chez elles », s'exclame l'un d'eux. L'opération n'est pas sans imprévus : quatre poules profitent d'un moment d'inattention pour explorer le toit du fourgon, avant d'être récupérées.

Des prix compétitifs et des bénéfices multiples

Le modèle économique présente plusieurs avantages. Pour chaque adoption, il faut compter 7 euros par oiseau chez Poules pour tous, et jusqu'à 45 euros pour les races les plus rares - un tarif inférieur aux 17 euros pratiqués dans les circuits de vente classiques.

Les animaux proviennent principalement du Grand Ouest, « de Caen à Bordeaux », selon Marc-Antoine Gattelet. Ils arrivent notamment de Mayenne, et le trajet peut parfois les déplumer légèrement. Mais une cliente rassurante témoigne : « Au bout d'une semaine dans le jardin, elles redeviennent jolies et pondent presque tous les jours. »

Dans le Sud-Ouest, plusieurs entrepreneurs se sont lancés dans cette activité. Élodie Moreux, avec Les Poules d'Elo à Saint-Côme près de Bazas, vend à 6 euros pièce des volailles récupérées dans des fermes de Gironde, Landes, Lot-et-Garonne et Dordogne. « Si j'ai le choix, je vais me tourner vers des éleveurs proches de mes circuits de distribution. Financièrement et éthiquement ils y gagnent », confie-t-elle.

Une alternative économique viable

La différence de valorisation est significative. Alors qu'un abattoir reprendrait chaque animal entre 20 centimes et un euro aux éleveurs, Poules pour tous propose environ trois euros. « On préfère qu'elles aient une seconde vie. On vit avec pendant un an et demi et on s'y attache », assure Sandrine Vuillemot, à la tête d'un élevage biologique de 12 000 poules à Monflanquin.

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Le contexte explique cette pratique : chaque année, près de 50 millions de poules pondeuses sont abattues en France lors des vides sanitaires. Marc-Antoine Gattelet précise : « Régulièrement, les éleveurs doivent nettoyer et désinfecter leurs installations. Pour cela, les animaux ne doivent plus être sur place. C'est plus rentable de se débarrasser des poules déjà présentes et d'en mettre ensuite des nouvelles. »

Élodie Moreux complète : « Ils n'ont pas la possibilité matérielle de les garder pendant ces presque deux mois de nettoyage. Et la réalité économique, c'est qu'à dix-huit mois, une poule est moins productive tout en consommant plus d'aliments qu'à six mois. »

Face à cette réalité, le sauvetage organisé des poules pondeuses apparaît comme une solution à la fois économique, éthique et écologique, permettant de concilier rentabilité agricole et respect du bien-être animal.