Le haricot fin de Bagnols renaît grâce à une jeune génération d'agriculteurs familiaux
Renaissance du haricot fin de Bagnols par une famille d'agriculteurs

Le retour d'un légume emblématique dans le Gard

À Bagnols-sur-Cèze, dans le département du Gard, une histoire agricole se réécrit grâce à la détermination d'une jeune génération. Robin Saleilles, âgé de 20 ans, a entrepris depuis l'année dernière de redonner vie au haricot fin de Bagnols, une variété de légume vert intimement liée à l'histoire maraîchère de la ville et à sa propre famille.

Un héritage familial précieux

La veille au soir, Robin et son père Thomas ont semé les premières graines de haricots verts dans un champ où, il y a cinquante ans, Jean-Louis, le grand-père de Robin et père de Thomas, cultivait déjà cette même variété. "Il me donne des conseils, il a toujours des petites astuces sur les erreurs à ne pas faire. Il est d'une aide précieuse", confie Robin en parcourant les photos de la récolte de l'an passé sur son téléphone, récolte à laquelle son aïeul octogénaire a activement participé.

Cette initiative s'inscrit dans le cadre du projet d'installation de Robin sur l'exploitation familiale Grenattitude, qui produit traditionnellement du vin et de la grenade. "Je cherchais une diversification et mon grand-père nous a parlé du haricot fin de Bagnols qu'il produisait. Je me suis dit : pourquoi ne pas le relancer ? Ça marchait avant, et il y a toujours le terroir pour", explique le jeune agriculteur.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une variété historique aux racines profondes

Dans la première moitié du XXe siècle, Bagnols-sur-Cèze était une ville maraîchère prospère, exportant ses productions vers Paris et d'autres grandes villes françaises par train. C'est dans ce contexte qu'est apparue une variété de haricot vert particulière, fruit de plusieurs expérimentations. Selon les sources historiques, un jardinier nommé Soulier aurait mélangé des graines de deux variétés, le Métis et l'Empereur, donnant ainsi naissance à une toute nouvelle variété qui prendra le nom de haricot fin de Bagnols.

"Dans les années 50, 60, il a fait la richesse de beaucoup d'agriculteurs, ils en expédiaient dans toute la France", raconte Thomas Saleilles en s'appuyant sur les souvenirs de son père. "Ici, pendant la saison de la récolte, il y avait entre 20 et 30 personnes qui travaillaient".

Les défis de la renaissance

En 2025, Robin Saleilles a acheté des semences de plusieurs variétés auprès de différents fournisseurs pour mener des tests sur certaines parcelles de l'exploitation. Finalement, il en a sélectionné deux, dont celle de Bagnols, qu'il a commencé à semer début avril.

"On répartit les dates de semis lorsqu'il commence à faire chaud pour ensuite avoir une récolte à partir du 20 juin. Ensuite on peut avoir des légumes jusqu'en octobre", détaille Robin qui a installé un système de goutte-à-goutte sur les 1,5 hectares consacrés à cette culture. Toute l'exploitation étant en agriculture biologique, le travail de désherbage se fait mécaniquement.

L'objectif du jeune maraîcher est de trouver une clientèle pour ce légume qu'il souhaite vendre "extra-frais" et de "très grande qualité, très tendre et sans fil". Cependant, la variété haricot fin de Bagnols présente un inconvénient majeur, comme l'explique Axel Denis, chef de rayon à la jardinerie Coulange de Bagnols-sur-Cèze : "C'est une variété précoce, très goûteuse mais qu'il faut ramasser très régulièrement, tous les quinze jours, car elle a tendance à faire des fils lorsqu'elle atteint une certaine taille".

Un contexte agricole transformé

Cette particularité aurait notamment contribué à son déclin chez les maraîchers, d'autant plus avec l'arrivée d'autres variétés et "avec la concurrence étrangère", souligne Thomas Saleilles. "Il y a 50 ans, le haricot fin de Bagnols était une très bonne variété mais maintenant elle est un peu dépassée", reconnaît-il, tout en ajoutant : "C'est plus le lieu de production qui compte que la variété".

Malgré ces défis, la famille Saleilles ambitionne d'embaucher "trois, quatre personnes" pour la récolte à partir de juin prochain, un chiffre bien inférieur aux 20 à 30 ouvriers agricoles qui travaillaient autrefois pendant la saison.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Une célébration locale

La renaissance de cette culture s'accompagne d'une célébration locale. Le comité des fêtes de Bagnols-sur-Cèze organise au square Marcel-Pagnol, samedi 11 avril de 10h à 18h30, sa 9e Fête des Pitchounes. Cette année, les enfants plongeront dans l'univers des haricots bagnolais à travers plusieurs ateliers créatifs : décoration de petits pots ou encore plantation de graines de haricot.

Dans les prochains mois, il sera ainsi possible d'acheter et de goûter des haricots produits à Bagnols-sur-Cèze, marquant peut-être le début d'un véritable renouveau pour cette variété historique qui a autrefois fait la prospérité agricole de la région.