Procès en appel à Agen : la CR 47 confrontée à ses actes de 2024
Le syndicat agricole et une dizaine d'agriculteurs comparaissent jusqu'à ce vendredi 27 mars devant la cour d'appel d'Agen, suite aux dégradations commises durant les manifestations de 2024. Dix mois plus tard, les voilà de nouveau à la barre. Les procédures judiciaires s'accrochent aux membres de la Coordination Rurale 47 comme le sparadrap aux doigts du capitaine Haddock.
Huit dossiers soumis à la cour
Huit dossiers sont examinés par la cour d'appel d'Agen ces 26 et 27 mars. Ils concernent des dépôts de déchets sur les voies ferrées, des actions devant l'Office français de la biodiversité à Clairac, ainsi que des dégradations de bâtiments publics, de radars et de façades de supermarchés. Toutes ces infractions remontent à l'année 2024.
José Perez et ses adhérents, convoqués à la barre, affichent une étrange amnésie. « Je ne sais plus, j'ai des problèmes d'amnésie » ; « je n'y étais pas » ; « j'y étais, mais je ne participais pas », déclarent-ils. Face aux photos et vidéos projetées par la cour, ils rétorquent : « Je ne sais pas si c'est moi et rien ne le prouve », « je n'y vois pas bien, j'ai des problèmes de cataracte ».
L'exaspération des magistrats
Ces réponses provoquent, après plusieurs heures d'audience, un malaise palpable, voire l'exaspération des magistrats. La présidente, Maryse Le Men-Régnier, tord du nez. L'avocate générale, Manuella Garnier, s'indigne : « Je trouve particulièrement lâche que la CR 47 n'assume pas ses actes aujourd'hui alors même qu'elle les revendique sur les réseaux sociaux ».
La représentante du ministère public ajoute : « Ce sont des méthodes délinquantes, qui ne respectent pas l'État de droit. » Du côté de la défense, Me Dejean réagit vivement au mot « lâcheté ». « De la lâcheté ? C'est au-delà de la caricature. Elle n'est pas dans ce camp. J'aimerais comprendre pourquoi d'autres syndicats agricoles, ouvriers, ne sont jamais cités. Pourquoi, quand il y a des tags, des autocollants, des dégradations de la CGT, de la FNSEA, personne n'est cité ? Les poursuites syndicales sont extrêmement rares. Et ce sont toujours les mêmes qui sont là : la CR 47. »
Des amendes lourdes requises
Relaxé pour l'intégralité des faits reprochés en première instance, le syndicat n'a pas été épargné ce jeudi 26 mars lors des débats. De lourdes amendes ont été requises, tantôt par le procureur général Pierre Sennes, tantôt par l'avocate générale Manuella Garnier.
60 000 euros sont demandés rien que pour les dégradations commises devant les bâtiments publics de la DDT et de la DDETSPP en janvier 2024, ainsi que pour celles opérées sur les bâtiments de l'OFB à Clairac. Le procureur argumente qu'il s'agit des « pénalités les plus fortes lorsqu'il y a atteinte à l'État ».
« C'est la mort annoncée du syndicat. Nous sommes dans une tentative d'atteinte à son existence », réagit vivement l'avocat bordelais pour la défense. Le procureur général, qui requiert aussi de la prison avec sursis pour José Pérez, insiste sur le préjudice moral des agents de l'OFB, contraints de s'enfermer dans leurs bâtiments lors de cette manifestation.
Le préjudice environnemental et la défense des agriculteurs
Sans oublier de détailler le préjudice environnemental, relevé par le maire de l'époque, Michel Perat. « Ce lisier est parti dans le Lot. » Le président de la CR 47, en première ligne, écoute chacun des arguments et semble perplexe. « Du lisier ? Non. De l'eau sale. »
Toujours au regard du malaise agricole, il s'adresse aux agents de l'OFB, aux représentants de la grande distribution, à l'État et à la cour. « J'ai beaucoup entendu parler de préjudice moral aujourd'hui… Or, l'agriculteur est pris pour un imbécile. Ça devient insupportable de travailler à perte, de jeter nos productions, d'être quotidiennement entravé dans notre travail. Où est-il réellement le préjudice moral ? Chez les paysans. »
Tout en assurant n'avoir donné aucune directive concrète à ses adhérents, il rappelle le prix du kilo de pommes vendu en grande surface. « 4 euros. Alors qu'on est à 50 centimes pour le producteur. C'est du vol. » Ou bien encore le « mal » que génère l'importation de produits étrangers au détriment de la production française.
L'inertie des forces de l'ordre pointée du doigt
Un camion espagnol chargé de salades et de brocolis avait été pris pour cible, au Passage, au printemps 2024. Des cagettes de légumes avaient été brûlées. « Ils n'ont pas été stoppés par les forces de l'ordre qui sont restées les bras ballants, en les regardant. C'est digne du film 'Z', de Costa Gavras », s'insurge Maître Dejean.
De même, le conseil s'offusque de la passivité des gendarmes le jour de la projection du lisier sur la façade du Leclerc de Castelculier, en janvier. « Ils ont même prévenu le gérant la veille de la venue des agriculteurs. Et aujourd'hui, on tente de donner corps à la poursuite… » L'inertie des forces de l'ordre a été régulièrement pointée du doigt lors de l'audience, face à un silence de cathédrale des magistrats de la cour. Les délibérés seront rendus le 16 juin.



