Procès d'Agen : la Coordination rurale 47 dénonce une volonté politique de la faire disparaître
Procès d'Agen : la Coordination rurale dénonce une volonté politique

Procès en appel à Agen : la Coordination rurale 47 face à la justice

La cour d'appel d'Agen a examiné, jeudi et vendredi, huit dossiers impliquant des agriculteurs de la Coordination rurale du Lot-et-Garonne. Ces affaires concernent des dégradations de biens publics, des outrages et des menaces envers des agents de l'Office français de biodiversité, survenues lors des manifestations agricoles de 2024. Une dizaine d'agriculteurs, dont José Pérez, coprésident de la CR 47, comparaissaient devant les magistrats.

La défense dénonce un « déterminisme politique »

Me Christophe Dejean, avocat de la défense, a martelé durant deux jours la thèse d'une volonté politique d'éliminer la Coordination rurale 47. « C'est la mort programmée d'un syndicat. Car il est très rare de voir un syndicat poursuivi en correctionnelle », a-t-il affirmé. L'avocat bordelais a pointé du doigt le ministère de l'Intérieur, incarné par Gérald Darmanin, proche de la FNSEA, accusant les forces de l'ordre d'avoir laissé faire les actions tout en les filmant. « On en est venu à colorer politiquement leur action. On a souhaité les marginaliser », a-t-il insisté.

La justice réplique : « On applique la loi »

La présidente de la cour, Maryse Le Men-Regnier, a immédiatement recadré le débat : « On ne fait pas de politique ici. On applique la loi. » L'avocate générale, Manuella Garnier, a abondé dans ce sens, précisant que la liberté de manifester n'était pas en cause, mais bien les méthodes employées. « Manifester c'est un droit. Dégrader est puni par la loi. Si la FNSEA avait fait la même chose, elle aurait été poursuivie. Car ce sont des méthodes délinquantes qui ne respectent pas l'État de droit. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des préjudices financiers et moraux importants

Le parquet a requis 135 000 euros d'amendes contre la Coordination rurale 47, les plus lourdes pénalités concernant les atteintes à l'État. Le procureur général Pierre Sennes a notamment évoqué le préjudice moral subi par les agents de l'OFB, contraints de rester enfermés lors de projections de lisier sur leur bâtiment au printemps 2024. Sur le plan financier, la SNCF a présenté un préjudice de près de 150 000 euros pour des voies obstruées à deux reprises en janvier. Me Dejean a rétorqué : « La SNCF poursuit-elle la CGT lorsque des mouvements affectent la circulation ? Non, car elle a peur de poursuivre les siens. Mais là, elle n'hésite pas à déposer plainte contre un petit syndicat. »

Les agriculteurs minimisent leurs actions face à leur détresse

Les paysans de la CR 47, confrontés à des dossiers où les preuves sont parfois ténues, ont nié toute implication ou minimisé leurs actions, invoquant les difficultés profondes du secteur agricole. « Personne ne renie leur détresse », a concédé l'avocate générale. « Mais cela ne leur donne pas le droit de ne pas respecter la loi. » En première instance, le syndicat avait été intégralement relaxé, tandis qu'une poignée d'agriculteurs avaient écopé d'amendes et de peines de prison avec sursis. C'est le parquet d'Agen qui avait interjeté appel. L'arrêt de la cour d'appel sera rendu le 16 juin, clôturant une audience marquée par des tensions palpables entre la défense, convaincue d'une machination politique, et la justice, qui se présente comme le simple gardien de la légalité.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale