Colère des transporteurs et agriculteurs : le plan gouvernemental de 70 millions d'euros jugé insuffisant
Plan gouvernemental de 70 M€ jugé insuffisant par transporteurs et agriculteurs

Un plan d'aide gouvernemental qui ne calme pas la colère

Le plan gouvernemental d'environ 70 millions d'euros destiné aux agriculteurs, pêcheurs et transporteurs, particulièrement exposés à la flambée des prix des carburants, n'a pas réussi à apaiser leur mécontentement. Cette colère s'est concrétisée lundi par une opération escargot sur le périphérique parisien, où les professionnels estiment que les mesures annoncées sont largement insuffisantes.

L'opération escargot sur le périphérique parisien

Vers 10 heures, une cinquantaine de camions et de cars de tourisme, rapidement rejoints par d'autres véhicules, ont entamé une manifestation en klaxonnant depuis la porte de Vincennes, perturbant délibérément la circulation sur le boulevard périphérique. Cette action a été initiée à l'appel de l'Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE), qui avait déjà qualifié samedi l'aide de l'État de « pas à la hauteur ».

L'organisation a rappelé qu'en 2022, suite au déclenchement de la guerre en Ukraine, un plan de 400 millions d'euros avait été débloqué, contrastant fortement avec l'enveloppe actuelle. « On ne peut pas continuer à travailler à perte », a insisté Sarah Bahezre, trésorière de la Fédération des autocaristes indépendants et gérante de la société Ulysse Cars.

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Les transporteurs réclament une aide plus substantielle

Pour les entreprises de transport en difficulté, une aide d'environ 50 millions d'euros est prévue en avril, correspondant à 20 centimes d'euros par litre de carburant. Cependant, les professionnels estiment que 50 centimes par litre seraient nécessaires pour éviter des faillites en cascade. Mélik, chauffeur pour la société VIC Paris, témoigne : « Nous faisons des voyages dans toute l'Europe, nous roulons beaucoup au gazole, qui est passé de 1,60 euro à 2,30 euros. Vous imaginez ! ».

Il explique ne pas pouvoir répercuter cette hausse sur les tarifs, car les trajets avaient déjà été négociés à l'avance. Bruce Aiglehoux, secrétaire général de l'OTRE, confirme : « Chaque jour, les adhérents perdent de l'argent en roulant ». L'organisation réclame une aide directe à la pompe et une aide forfaitaire par véhicule pour compenser la flambée des prix.

La position du gouvernement face à la crise

Le ministre des Transports, Philippe Tabarot, a tenté de calmer les esprits en indiquant sur Europe 1 et CNews que les aides annoncées pourraient être reconductibles si la situation persiste en mai ou juin. Toutefois, il a refusé de comparer cette mesure avec l'aide de 400 millions d'euros accordée en 2022, arguant que la situation budgétaire de la France n'est plus la même.

Lundi, les prix des carburants continuaient leur légère hausse. Le gazole, carburant le plus consommé, atteignait en moyenne 2,23 euros le litre, contre 1,720 euro le 27 février. Face à cette crise énergétique aggravée par le conflit au Moyen-Orient, l'exécutif exclut toute baisse des taxes sur les carburants, qui représentent 50 à 55% du prix à la pompe. Le Premier ministre Sébastien Lecornu a réaffirmé vendredi l'objectif de maîtrise des finances publiques, « quoi qu'il arrive ».

Les agriculteurs également mécontents

Le mécontentement ne se limite pas aux transporteurs. Le chef du gouvernement a reçu à midi le puissant patron de la FNSEA, Arnaud Rousseau, lui aussi très critique envers l'aide proposée aux agriculteurs. Ces derniers bénéficieront en avril d'une exonération du droit d'accise sur le gazole non routier (GNR) utilisé dans les tracteurs, pour un coût d'environ 14 millions d'euros, soit une baisse de seulement quatre centimes d'euros par litre.

Luc Smessaert, vice-président de la FNSEA, a fustigé cette mesure : « Donner à peine quatre centimes alors qu'on a eu une hausse de plus de 60 centimes par litre de GNR… c'est des miettes. Si j'étais moins poli, je dirais que c'est du foutage de gueule ». Il a promis des actions si les revendications des agriculteurs n'étaient pas entendues.

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Cette double colère des transporteurs et des agriculteurs illustre les tensions persistantes autour du pouvoir d'achat et de la compétitivité des secteurs essentiels de l'économie française, dans un contexte de crise énergétique mondiale.