Pêcheurs français au bord du gouffre : l'envolée du gazole menace la survie de la profession
Pêcheurs français : l'envolée du gazole menace la survie

Pêcheurs français au bord du gouffre : l'envolée du gazole menace la survie de la profession

Inquiets pour leur avenir immédiat, les pêcheurs français réclament avec insistance un soutien financier d'urgence face à l'explosion des coûts du gazole qui fragilise une profession déjà profondément en crise. Certains se disent carrément au « bord de l'extinction », contraints de rester à quai, tandis que d'autres, « pris à la gorge » par la hausse vertigineuse du prix des carburants, attendent des mesures concrètes de la part du gouvernement.

Une crise latente devenue aiguë

« Le prix du gazole, c'est le détonateur d'une crise qui est déjà latente depuis pas mal d'années », déclare avec gravité José Jouneau, président du comité régional des pêches des Pays de la Loire. Il s'exprimait à l'issue d'une rencontre aux Sables-d'Olonne avec la ministre de la Mer et de la Pêche, Catherine Chabaud. La réunion s'est déroulée dans un calme inquiétant, selon José Jouneau : « l'inquiétude, c'est vraiment d'être sur le bord de l'extinction. Et ça a transparu : lors de la réunion, il n'y a pas eu de hurlement. On a l'impression que les gens sont presque résignés. »

Les chiffres sont sans appel : le prix du gazole marin a bondi de 65% depuis le début du conflit au Moyen-Orient, passant de 0,61 à 1,01 euro par litre entre le 26 février et le 26 mars, selon les données de l'observatoire du carburant de la Coopération maritime. Cette envolée a un impact direct et immédiat sur la rentabilité des entreprises et les salaires des marins.

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Une rentabilité économique sous tension extrême

La situation devient critique pour de nombreux armements. « Un tiers en moins depuis le début de la crise. Mais même si c'est limite rentable, avec les investissements qu'on a, on doit continuer à y aller. On est pris à la gorge », explique Jérémy Rousseau, patron-armateur à Noirmoutier, illustrant le dilemme auquel font face les professionnels.

La ministre Catherine Chabaud a bien pris la mesure des enjeux : « J'ai bien entendu le message qui m'a été passé ici, ce n'est pas uniquement les entreprises, c'est chaque bateau qu'il va falloir soutenir », a-t-elle déclaré à l'issue de cette réunion cruciale.

Le contexte structurel n'arrange rien : la flotte française a diminué d'un tiers en vingt-cinq ans pour atteindre seulement 5 352 navires en 2024. Ces armements sont vieillissants, avec une moyenne d'âge de trente ans, faisant du renouvellement et de la décarbonation des priorités absolues du secteur. La succession de crises a encore fragilisé la profession : 86 navires ont été envoyés à la casse dans le cadre d'un « plan d'accompagnement individuel » post-Brexit.

Des attentes fortes et des situations dramatiques sur le terrain

Sébastien Lecornu, ministre des Armées, a annoncé que le gouvernement prendrait la parole sur des mesures d'accompagnement des filières, évoquant des « plans de soutien à l'activité ». « Tout le monde attend du concret », insiste José Jouneau, appelant par ailleurs l'État à « desserrer le carcan des quotas » qui pèse sur l'activité.

À Boulogne-sur-Mer, des bateaux sont contraints de rester à quai, une situation inédite. « En 33 ans de navigation, je n'ai jamais vu ça. C'est historique, très inquiétant. Là, cela fait trois semaines que nous naviguons pour zéro euro », raconte Mathieu Descharles, matelot sur le « Thomas Nicolas II ». Théo Ramey, capitaine d'un autre bateau à quai, ajoute : « On attend des décisions qui vont dans la logique du pêcheur […] On attend un prix plafond pour le gazole qui ne dépasse pas un certain prix. Je pense que 0,70 €, c'est vraiment le maximum. »

Les pêcheurs bretons ont de leur côté réclamé des aides directes à la pompe, mettant en garde dans un communiqué : « Sans un engagement politique courageux, les pêcheurs bretons ne pourront bientôt plus assumer la continuité de leur mission stratégique pour notre souveraineté alimentaire. » Le gouvernement a annoncé des mesures pour « soulager la trésorerie » des entreprises de pêche, sans toutefois décider à ce stade de remise directe à la pompe.

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Vers une adaptation urgente du cadre européen

Face à l'urgence, les autorités françaises cherchent des solutions au niveau européen. « J'ai demandé aux ministres d'aller plus loin, la Commission européenne a été saisie ce jour et le conseil de lundi doit permettre d'avancer notamment sur des mesures d'aides directes jusqu'à présent interdites », a déclaré Sébastien Lecornu. Catherine Chabaud a conclu : « Je pense que le moment est venu d'adapter le cadre européen pour pouvoir accompagner le secteur de la pêche. »

L'enjeu est de taille : le coût du gazole des marins représente en moyenne 40% du chiffre d'affaires des entreprises de pêche, selon le comité national des pêches. Un poids insoutenable qui menace l'existence même d'une profession essentielle à l'économie maritime française et à la souveraineté alimentaire du pays.