Flambée du gasoil : la pêche méditerranéenne face à un risque de paralysie
La filière pêche en Méditerranée est au bord du gouffre. La flambée des prix du carburant, amplifiée par le conflit au Moyen-Orient, menace directement la survie économique des armements. À Sète, comme dans de nombreux ports de la région, l'inquiétude est palpable parmi les professionnels qui redoutent de voir leurs bateaux contraints de rester à quai.
Une augmentation "gigantesque" du coût du gasoil
Bertrand Wendling, directeur de la coopérative maritime Sathoan basée à Sète, témoigne d'une situation inédite : "Je suis en poste depuis 2005 et c'est la première fois que je constate une hausse des carburants aussi rapide et avec des taux aussi élevés". Les chiffres parlent d'eux-mêmes : le prix du litre de gasoil est passé d'environ 0,65 centime à entre 1€ et 1,30€ selon les ports, soit une augmentation pouvant atteindre 80%.
Cette envolée des prix a des conséquences immédiates sur la rentabilité des navires. Un chalutier consommant entre 1 000 et 2 000 litres par jour voit ses charges exploser, avec un surcoût estimé à 10 000€ par mois. La flotte chalutière, particulièrement dépendante énergétiquement, est la plus touchée.
Des marins menacés de ne plus être payés
Le système de rémunération à "la part" aggrave la situation. Une fois les coûts du carburant et la part de l'entreprise déduits, les salaires des marins diminuent mécaniquement. "Plus les charges sont importantes, plus les salaires diminuent et des bateaux se retrouvent avec des parts négatives", explique Bertrand Wendling. Conséquence directe : des marins risquent de ne plus pouvoir être payés, conduisant à l'arrêt pur et simple des sorties en mer.
Près de 1 500 bateaux de pêche travaillent en Méditerranée, employant entre 120 et 160 marins dans le secteur chalutier. La crise touche donc directement des centaines de familles dont les revenus dépendent de cette activité.
Des aides jugées insuffisantes par les professionnels
Les mesures annoncées par le gouvernement sont vivement critiquées par les organisations professionnelles. L'Association nationale des organisations de producteurs (ANOP) et l'Union des armateurs à la pêche de France (UAPF) dénoncent des "mesurettes" face à l'ampleur de la crise.
Les solutions proposées - prêts de valorisation, prêts de trésorerie garantis par BPI France, étalement des échéances fiscales - sont qualifiées d'insuffisantes. "Il s'agit de décaler le paiement des factures d'aujourd'hui qui devront de toute façon être réglées demain. Sans apporter la moindre réponse au problème de fond", regrettent les représentants des deux organismes.
Les revendications des pêcheurs
Face à cette situation d'urgence, les professionnels réclament :
- Des mesures immédiates de réduction des coûts du carburant
- Des dérogations aux quotas de pêche pour certaines espèces
- Un dispositif exceptionnel de couverture de la rémunération des marins
- La baisse de certaines taxes prélevées par les coopératives d'avitaillement
Le Comité national des pêches maritimes et élevages marins (CNPMEM) attend des réponses nationales et européennes. Sans aide financière directe, les pêcheurs pourraient organiser des opérations de revendication.
La décarbonation : une solution de long terme
Parmi les pistes envisagées pour réduire la dépendance aux carburants fossiles, la décarbonation des navires apparaît comme une évidence. Des travaux sont menés par le Cepralmar, service technique de la Région, sur l'hybridation des navires.
"L'étude porte sur la possibilité d'installer des batteries à bord pour améliorer l'efficacité énergétique", précise Bertrand Wendling. Ces dispositifs permettraient de réduire la consommation de carburant, mais leur mise en œuvre prend du temps en raison de barrières réglementaires et des délais de recherche et développement.
La crise énergétique met ainsi en lumière la vulnérabilité d'une filière essentielle pour l'économie littorale méditerranéenne, tout en accélérerant la réflexion sur sa transition écologique.



