Le Lot-et-Garonne se tourne vers les agrumes avec l'opération « Le Zeste du 47 »
Les agrumes ont-ils un avenir dans le Lot-et-Garonne ? Cette question, qui germe dans l'esprit des agriculteurs locaux, prend de l'ampleur au rythme des bouleversements climatiques qui redéfinissent les paradigmes agricoles du département. Pour y répondre, la FDSEA 47 a lancé officiellement l'opération « Le Zeste du 47 », une initiative ambitieuse visant à développer et structurer une filière agrumicole naissante.
Une filière émergente mais déjà bien réelle
Si la culture des agrumes reste encore marginale en Lot-et-Garonne, elle n'est plus une simple utopie. Plusieurs producteurs cultivent déjà avec succès des oranges et des citrons, tandis que les projets se multiplient ces dernières années, témoignant d'un intérêt croissant parmi les agriculteurs, les transformateurs et les acteurs locaux. « Le Zeste du 47 a pour objectif d'accompagner et de structurer cette dynamique naissante », explique Morgane Cazaux, chargée de mission auprès du syndicat. « Les pays du Sud rencontrent des difficultés croissantes pour produire. En Espagne, par exemple, les pénuries d'eau et de ressources s'accentuent, poussant certains à envisager de délocaliser leur production vers la France. »
Le Plan Climat Méditerranée comme levier stratégique
Le département dispose d'un atout majeur pour mener à bien ce projet : son intégration, en 2025, dans le Plan Climat Méditerranée par le gouvernement. « Nous sommes le seul département de Nouvelle-Aquitaine à bénéficier de cette association. C'est un avantage indéniable pour mobiliser des financements », précise Morgane Cazaux. Dans le cadre du Zeste du 47, les prochains mois seront consacrés à une étude approfondie des aspects agronomiques, climatiques et économiques de cette filière. « Il s'agit notamment d'identifier les variétés les plus adaptées à notre territoire », ajoute-t-elle.
Le projet s'appuie sur un collectif diversifié d'acteurs agricoles, associant le Domaine agroécologique de Barolle, l'Association climatologique de Moyenne Garonne (ACMG), Invenio et Agrotec. Ce partenariat garantit une approche globale, combinant expertise technique, connaissance du terrain et réflexion économique.
Les défis pratiques : l'exemple de la pépinière Aux Soleil de Manan
À Bruch, Laurent Vansteenkiste, gérant de la pépinière Aux Soleil de Manan, cultive avec passion diverses espèces d'agrumes destinées aux particuliers. « Les agrumes sont tout à fait réalisables dans le Lot-et-Garonne, même si le risque de gel persiste. Un important travail de sélection et d'acclimatation est nécessaire pour adapter cette culture à nos conditions », souligne-t-il. Cette saison a cependant été rude : « Nous avons dû jeter plusieurs kilos de fruits à cause du gel. Il a fait près de -10 degrés dans le verger et -7 dans les serres, avec une humidité élevée en hiver. C'était un véritable crash test ».
Face à ces aléas climatiques, Laurent Vansteenkiste propose des solutions pratiques. « Il faut distinguer la rusticité des arbres de celle des fruits. Les fruits gèlent à partir de -5 ou -6 degrés. Il est donc préférable de planter des variétés tardives sous serres chauffées ou protégées, par exemple avec une double paroi ». Cette expérience sur le terrain illustre les défis à relever pour pérenniser la filière, mais aussi l'engagement des acteurs locaux à innover face au changement climatique.
Ainsi, « Le Zeste du 47 » symbolise une adaptation proactive de l'agriculture lot-et-garonnaise, transformant les contraintes climatiques en opportunités économiques. Avec le soutien du Plan Climat Méditerranée et la mobilisation des producteurs, le département pourrait bien devenir une terre d'avenir pour les agrumes en France.



