L'examen du projet de loi d'urgence agricole au Sénat, à partir du lundi 29 juin 2026, s'annonce comme un véritable test pour la majorité sénatoriale de droite et centriste, un an après la fronde contre la loi Duplomb. Le texte, présenté comme une réponse à la mobilisation agricole de l'hiver dernier, comporte de nombreuses mesures qui irritent jusqu'au gouvernement, notamment sur la gestion de l'eau, la défense contre le loup et la réintroduction de pesticides interdits.
Des mesures qui divisent jusqu'au gouvernement
Le Sénat, dominé par une alliance entre la droite et les centristes, entend aller plus loin que le projet de loi initial du gouvernement. En commission, les sénateurs ont ajouté un volet controversé sur les pesticides, prévoyant la réintroduction dérogatoire et encadrée de deux insecticides interdits en France mais autorisés ailleurs en Europe : l'acétamipride et le flupyradifurone. Ces mesures, déjà présentes dans la précédente loi Duplomb, avaient été censurées par le Conseil constitutionnel l'an dernier après une forte mobilisation de leurs opposants. Leurs auteurs espèrent qu'elles passeront cette fois le filtre des Sages.
La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s'oppose fermement à ces dispositions. Sa collègue de l'Agriculture, Annie Genevard, a reconnu un certain embarras, déclarant : « Le gouvernement n'est pas favorable à cette évolution, qui fait courir le risque de débats houleux pouvant compromettre l'adoption définitive » du texte. Le gouvernement portera un amendement pour supprimer ces dérogations.
Eau et loup : des reculs dénoncés
Au-delà des pesticides, d'autres sujets cristallisent les tensions. Le volet sur l'eau, discuté en pleine canicule exceptionnelle, prévoit d'atténuer les obligations environnementales pour la construction d'ouvrages de stockage. Le Sénat souhaite renforcer ces dispositions, ce que la ministre Barbut juge inacceptable. De même, les mesures pour protéger les troupeaux du loup, avec la suppression de l'autorisation préalable pour les tirs de défense, suscitent l'opposition du gouvernement.
Le sénateur LR Pierre Cuypers défend ces mesures, affirmant qu'elles sont « la seule solution pour certaines filières en danger » comme la betterave ou la noisette. En revanche, le socialiste Jean-Claude Tissot dénonce « plusieurs reculs très importants qu'il faudra combattre », appelant à ne pas se focaliser uniquement sur l'acétamipride.
Un calendrier serré et des débats incertains
Environ 1 000 amendements ont été déposés, laissant présager de longs débats. Le gouvernement espère une adoption avant la suspension estivale des travaux parlementaires fin juillet, mais les divergences sont profondes. Après le vote du Sénat, une commission mixte paritaire (CMP) doit se réunir mi-juillet pour élaborer un texte commun. Au vu des positions antagonistes, l'issue reste très incertaine.



