Un député écologiste s'attaque au cadmium dans l'alimentation française
Après une question écrite préalable, le député écologiste de Rochefort Benoît Biteau s'apprête à déposer une proposition de loi visant à interdire les engrais phosphatés minéraux contenant du cadmium. Cette initiative fait écho à celle de son collègue girondin Nicolas Thierry qui s'était attaqué aux PFAS en 2025. Avec trente-six autres parlementaires, dont Clémentine Autain, Sandrine Rousseau, Dominique Voynet, Alexis Corbière, François Ruffin et Nicolas Thierry lui-même, l'élu propose une législation intitulée "Protéger l'alimentation des Français et des Françaises des contaminations au cadmium".
Un métal lourd omniprésent dans l'alimentation de base
Benoît Biteau, également paysan et ingénieur agronome, considère cette lutte contre le cadmium comme une priorité sanitaire absolue. "Le cadmium est un sujet connu depuis longtemps qu'on a tendance à ignorer, même si ce cancérogène pose de vrais problèmes pour la santé", explique-t-il. Ce métal lourd, très présent dans les phosphates utilisés en agriculture, contamine ensuite des aliments de consommation courante comme le pain, les pâtes ou les céréales du petit-déjeuner.
La situation est particulièrement préoccupante en Charente-Maritime, où des foyers de cancer ont été identifiés dans le milieu agricole. Le port de La Rochelle est un important importateur d'engrais minéraux phosphatés, tandis que l'usine Timac du groupe Roullier à Tonnay-Charente en produit localement.
Des normes françaises trop permissives
Le député dénonce une dérogation dangereuse aux recommandations sanitaires : "Les agences sanitaires préconisent 20 mg de cadmium par kilo de matière sèche, mais en France on déroge à la norme avec complaisance en tolérant 60 mg". Cette situation s'explique en partie par les sources d'approvisionnement : la France importe ses phosphates du Maroc, naturellement plus riches en cadmium que ceux d'Europe du Nord.
Pour Benoît Biteau, la solution passe par le développement de l'agriculture biologique et de l'agroforesterie, mais ces pratiques ne sont pas encore suffisamment répandues. "Il faut s'affranchir de ces substances pour une alimentation protectrice", insiste-t-il, tout en précisant que sa proposition de loi ne vise pas à "taper sur les paysans souvent pas informés du phénomène", mais à alerter sur les dangers du cadmium.
Un perturbateur endocrinien aux conséquences sanitaires graves
Aux côtés du docteur Jean-François Harlet, délégué régional du Réseau environnement santé, le député présente des études alarmantes. Le cadmium n'est pas un oligo-élément mais un perturbateur endocrinien responsable de nombreuses pathologies :
- 65 000 cancers du sein annuels entraînant 14 700 décès
- Doublement des cancers du pancréas chez l'homme et triplement chez la femme en trente ans
- Ostéoporoses et maladies cardiovasculaires
- Troubles du neurodéveloppement chez l'enfant avec baisse de QI et déficit de l'attention
Le cadmium présente une dangerosité particulière car "on ne sait pas s'en débarrasser et qu'on le retrouve partout : dans les sols, dans les nappes, dans les aliments, dans les mollusques".
Une stratégie parlementaire transpartisane
Benoît Biteau espère obtenir un vote transpartisan pour son texte législatif. "Nous allons faire du lobbying auprès des élus, en ciblant particulièrement ceux du bloc central qui n'ont pas voté la loi Duplomb", annonce-t-il. Cette approche stratégique vise à construire une majorité large autour d'une question de santé publique qui dépasse les clivages politiques traditionnels.
La proposition de loi représente ainsi une nouvelle étape dans la lutte contre les contaminants alimentaires au Parlement, après celle concernant les PFAS portée par Nicolas Thierry. Elle s'inscrit dans une démarche plus globale de protection de la santé des consommateurs face aux risques chimiques dans l'alimentation.



