La famille Poitevin réinvente la vente de vin avec la consigne en Gironde
En Gironde, pour rebondir face à une crise sévère du secteur viticole, la famille Poitevin a pris un virage audacieux en relançant la vente de vin au restaurant avec des bouteilles consignées. Laurent Poitevin, propriétaire des châteaux Grand Bert (AOC Saint-Émilion) et Grand Tuillac (AOC Castillon-Côtes de Bordeaux), soit 65 hectares de vigne, s'est inspiré du bon sens de ses aïeux pour innover. « Les anciens n'avaient pas l'intelligence artificielle mais ils réfléchissaient », rappelle-t-il en évoquant la pente naturelle de sa propriété à Saint-Philippe-d'Aiguille, près de Saint-Émilion, qui facilitait jadis la vendange.
Une réponse à l'effondrement des débouchés
Avec son épouse Sophie et leurs fils Thomas et Pierre, tous deux dans la trentaine, Laurent Poitevin a cherché des solutions pour continuer à vendre son vin alors que des marchés clés comme la Chine se sont effondrés. La consigne, une pratique autrefois courante puis tombée en désuétude, est devenue leur priorité. « Vous vous rendez compte, utiliser une seule fois une bouteille et la jeter au conteneur à verre : quel gâchis ! », s'indigne Thomas devant les casiers de bouteilles stockés dans les chais.
La création de Bordeaux Altitude et une approche zéro déchet
Pour se lancer en 2024, la famille a peaufiné un business plan et confié les travaux viticoles à des prestataires pour se concentrer sur le commercial. Ils ont créé la marque Bordeaux Altitude, nommée d'après la position élevée de leur propriété, avec une gamme de trois vins (rouge, blanc, rosé). Les bouteilles sont sérigraphiées chez un spécialiste suisse, sans étiquette, colle, capsule ni carton, visant le zéro déchet. « Les bouteilles pourront être réutilisées une trentaine de fois sur plusieurs années », explique la famille, avec des gains environnementaux gravés sur le verre.
Un partenariat clé avec la restauration
Deuxième nouveauté : démarcher les restaurants, un secteur inconnu pour eux. Un commercial a été recruté, et le partenariat avec le distributeur Le Bihan, expert de la consigne pour la bière, a été décisif. Ce dernier livre les vins entre 18 et 24 euros (3,50 à 6 euros le verre) et récupère les bouteilles consommées tous les deux à trois jours. Plus de 9 000 casiers tournent dans le circuit, avec 45 000 bouteilles vendues en 2025 et des objectifs plus élevés pour cette année.
Le circuit de lavage et les perspectives d'avenir
Dernier impératif : la remise en circuit. Les bouteilles vides sont ramenées, triées, puis expédiées en Charente chez Eco in Pack pour le lavage avant de revenir être remplies. « On espère intégrer une unité de lavage en 2027 mais c'est un lourd investissement », détaille Pierre. Cette initiative s'ajoute à la gamme Brothers lancée en grande distribution en 2020, qui représente 15% des revenus. « Pour être encore vignerons demain, toute la famille s'est remise en question », insiste Pierre.
La famille a bénéficié d'aides d'Adelphe, de la Région Nouvelle-Aquitaine et du Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux. « La bonne nouvelle est que nos fils reprennent la propriété », conclut Sophie Poitevin, confiante que cette prise de risque paiera pour l'avenir de leur exploitation.



