Le jardinage en France : un retour à l'âge du "faire" et à la nature
Jardinage : le retour français à l'âge du "faire"

L'engouement français pour le jardinage : un phénomène sociologique majeur

Alors que 64% des Français déclarent pratiquer le jardinage de manière régulière, ce loisir connaît un essor remarquable depuis plusieurs années. Thomas Riffaud, sociologue à l'université de Montpellier, analyse cette tendance qui s'est particulièrement accentuée au lendemain de la crise sanitaire de 2020.

Un désir profond de reconnexion à la nature

Le jardinage représente bien plus qu'une simple activité de loisir pour de nombreux Français. "Passer du temps dans son jardin, c'est se reconnecter à la nature, écouter les oiseaux, profiter d'être à l'air libre", explique Thomas Riffaud. Cette envie de retour aux éléments naturels a été décuplée après les périodes de confinement, parallèlement à l'explosion d'autres pratiques en plein air comme la randonnée.

Des motivations écologiques et pratiques

Derrière cet intérêt croissant se cachent des préoccupations environnementales tangibles. "Sans aucun doute, il y a un intérêt pour la question écologique", affirme le sociologue. Cette préoccupation se manifeste notamment à travers la volonté de manger mieux, de consommer bio et de produire soi-même ses légumes à moindre coût.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Le potager incarne particulièrement cette dualité entre plaisir et utilité. "L'intérêt du potager, c'est qu'on bénéficie de la nourriture que l'on a produite", souligne Thomas Riffaud. Cette pratique renforce les dimensions écologiques tout en répondant à un besoin fondamental d'autonomie alimentaire.

Le retour à l'âge du "faire"

Le jardinage s'inscrit dans un mouvement sociétal plus large que certains chercheurs qualifient de retour à l'âge du "faire". Il s'agit d'une forte demande pour des activités manuelles et artisanales authentiques, où les individus cherchent à comprendre et maîtriser les processus.

"Dans le jardin, il y a aussi la volonté de mieux comprendre les plantes, pourquoi il faut les tailler, de revenir à des pratiques plus anciennes", précise le sociologue. Cette quête de savoir-faire traditionnels répond à un désir de retrouver des compétences perdues face à la technologie omniprésente.

Une satisfaction profonde malgré l'effort

Ce qui surprend particulièrement les observateurs, c'est que ces pratiques, bien que fatigantes, procurent une satisfaction profonde. "Les gens apprécient de dépenser cette énergie car ils ont l'impression d'avoir les mains dans la terre", note Thomas Riffaud. La fierté de voir un olivier bien taillé reprendre des couleurs l'année suivante illustre cette gratification personnelle.

Des inégalités d'accès persistantes

Malgré cet engouement généralisé, des disparités importantes subsistent dans l'accès au jardinage. La taille du jardin dépend directement du prix au mètre carré, rendant cette activité moins accessible dans les zones où l'immobilier est particulièrement cher.

Le sociologue rappelle que "cette envie de maison indépendante avec une parcelle est une particularité bien française qui touche toutes les classes sociales, mais toutes ne peuvent pas forcément y accéder". Les géographes ont d'ailleurs largement étudié cette question du lotissement en France, phénomène unique en son genre.

Cette passion française pour le jardinage dépasse donc largement le simple cadre du loisir. Elle incarne un mouvement sociétal profond vers la reconnexion à la nature, la recherche d'autonomie et la valorisation du travail manuel, même si son accès reste inégal selon les situations géographiques et économiques.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale