Groupama jette l'éponge : les fêtes votives menacées en Camargue
Groupama jette l'éponge : les fêtes votives menacées

Le monde de la bouvine est sous le choc. L'assureur historique des manades, Groupama Méditerranée, a annoncé la résiliation de la garantie responsabilité civile pour les activités liées aux jeux taurins sur la voie publique. Encierro, abrivado, bandido... Ces traditions, qui rythment les fêtes votives du Gard, de l'Hérault et des Bouches-du-Rhône, sont désormais menacées.

Une décision brutale mais attendue

Par courrier, les manadiers, gardians, clubs taurins et comités des fêtes ont appris la nouvelle : à compter du 31 décembre 2025, Groupama ne couvrira plus ces activités. Le directeur général de l'assureur justifie cette décision par une sinistralité trop élevée : "Cette pratique entraîne régulièrement des accidents graves ou mortels qui affectent nos équilibres."

Groupama, qui assurait plus de la moitié des élevages de taureaux de la région, n'est pas le premier assureur à se retirer, mais son départ est symbolique. Sans assurance, impossible de lancer des animaux dans les rues, le Code civil rendant le propriétaire responsable de tout dommage.

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Des chiffres alarmants

Jean-Jacques Poujol, secrétaire général de Groupama Méditerranée, détaille : "Des sinistres qui s'élèvent à 5,7 millions d'euros sur les trois dernières années pour quelques dizaines d'assurés ; on dépense 17 euros pour 1 euro de primes perçues." Les quatre accidents mortels de l'été 2025 auraient aggravé la situation, chaque victime coûtant entre 300 000 et 700 000 euros à l'assurance.

Pour l'assureur, il n'est plus possible de faire supporter ce déficit à l'ensemble des sociétaires. Une augmentation des cotisations serait "insoutenable".

Mobilisation politique et solutions alternatives

Le député UDR Charles Alloncle, auteur d'une proposition de loi visant à modifier le régime de responsabilité, appelle à une mobilisation générale. Il organise début décembre des assises des manadiers, invitant la ministre de l'Agriculture Annie Genevard. "Sans animation taurine, plus de fête votive, sans fête votive, plus de manades. Or, ce sont ces élevages qui façonnent la Camargue."

Au Sénat, Laurent Burgoa (LR) se montre sceptique sur une réforme législative rapide. Il privilégie une solution à court terme : trouver un nouvel assureur. Il insiste aussi sur la nécessité de "se montrer plus ferme face aux comportements dangereux", référence à l'incident de Bellegarde où des jets de farine et des fumigènes ont blessé chevaux et cavaliers.

Une professionnalisation nécessaire

Bérenger Aubanel, vice-président de la fédération des manadiers, plaide pour un durcissement des règles et une professionnalisation du métier : "Il faut un minimum d'acquis à avoir." Avec une courtière spécialiste, il a déjà mis en place une offre d'assurance alternative, regroupant quatre compagnies dont Allianz, accessible depuis le 10 octobre.

Mais il insiste : cette solution doit s'accompagner d'une réduction des accidents. Une première réunion est prévue le 7 novembre en préfecture du Gard.

Un enjeu économique et culturel

Les fêtes votives génèrent des retombées économiques considérables. "Un jour de fête au Grau-du-Roi, c'est 250 000 euros de chiffre d'affaires indirect. Et il y a 1 600 jours de fêtes par an entre le Gard et l'Hérault", rappelle Aubanel.

Le maire de Saint-Brès, Laurent Jaoul, refuse d'annuler sa fête votive d'automne malgré l'épidémie de dermatose nodulaire. "Nos fêtes sans taureaux perdraient de leur sel. Cela annoncerait la mort de nos traditions." En 2023, il avait organisé une manifestation de 12 000 personnes à Montpellier pour défendre ces traditions. Deux ans plus tard, la sentence est tombée.

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