Le gardois Dominique Granier a été réélu sans opposition à la tête de la Safer Occitanie, l'opérateur foncier régional de l'espace rural et périurbain. En 2024, la Safer a revendu plus de 2 550 transactions dans la région, représentant 221 millions d'euros de volume d'affaires. À 64 ans, cet exploitant viticole d'Aspères, près de Sommières, entame un nouveau mandat de quatre ans, après avoir dirigé la Safer Languedoc-Roussillon de 2007 à 2017 et orchestré la fusion à l'échelle de l'Occitanie.
Un outil essentiel face aux mutations agricoles
Pour Dominique Granier, le rôle de la Safer est plus que jamais crucial. “Ce n’est plus une crise, c’est une mutation”, déclare-t-il, en référence à la situation du foncier viticole. En 2024, le marché foncier viticole a chuté de près de 50 % dans la région, avec seulement 54 millions d'euros de transactions, tandis que les surfaces échangées n'ont baissé que de 2,6 %. Par ailleurs, 17 600 hectares de vignes ont déjà été arrachés dans le cadre de la dernière campagne d'aide à l'arrachage.
Les priorités du nouveau mandat
Lors de son précédent mandat, Granier a favorisé l'installation de jeunes agriculteurs, avec 6 245 hectares cédés en 2024 sur un total de 20 004 hectares rétrocédés, et une aide de 2 000 euros attribuée à 330 néoexploitants. Il entend poursuivre cette dynamique jusqu'en 2029, malgré un contexte de plus en plus complexe. Pour la première fois en 2024, la Safer Occitanie a enregistré un déficit.
La Safer, sentinelle du foncier agricole
La Safer Occitanie joue un rôle de vigie sur le marché foncier. Chaque année, environ 30 % des transactions passent par elle. “La Safer, c’est le parlement du foncier agricole qui réunit tous les acteurs”, explique Granier. Grâce à un maillage de près de 200 collaborateurs et plus de 3 500 correspondants locaux, l'organisme reçoit 50 000 notifications de projets de vente par an. Ces correspondants permettent de suivre l'évolution des prix des terres et d'analyser la pertinence de préempter, soit au prix, soit avec révision du prix.
Face aux critiques sur l'usage du droit de préemption, Granier précise que moins de 5 % des acquisitions se font par ce biais, la majorité étant conclue de gré à gré. “Nous privilégions une stratégie basée sur la négociation et l’arrangement à l’amiable”, assure-t-il. Toutes les décisions sont prises en comité technique, et la préemption vise avant tout à favoriser l'installation de jeunes agriculteurs.
Préserver la terre nourricière
La Safer Occitanie a développé un outil innovant, “Izifriche”, un inventaire des friches agricoles réalisé par satellite et intelligence artificielle. Il a permis de recenser plus de 90 000 hectares de friches en région (dont 14 119 dans l'Hérault et 10 829 dans le Gard), sur 193 312 parcelles, soit 1,2 % du territoire régional et 2,5 % de la surface agricole utilisée. Cet outil aide les collectivités locales et les chambres d'agriculture dans leur planification agricole et environnementale.
Granier insiste sur la nécessité de “préserver les terres nourricières”, c'est-à-dire le foncier ayant accès à l'eau. Il s'oppose notamment aux compensations environnementales sur les terres irriguées, qui entraînent le gel d'espaces naturels pour compenser l'impact de grands chantiers. “Évidemment, il faut préserver la biodiversité. Mais la priorité doit être donnée à l’agriculture durable”, affirme-t-il, dans une région où la pression foncière est forte et où les terres sont souvent trop chères par rapport à leur rendement.
Vers de nouvelles solutions pour le foncier de demain
Face à la crise viticole et au renouvellement des générations, Granier propose des pistes innovantes. Il envisage que “l’exploitant ne soit plus forcément propriétaire du foncier”, à l'image de la distinction entre fonds de commerce et murs. Cela permettrait de réduire le coût d'installation des jeunes agriculteurs, qui doivent actuellement réunir 200 000 à 300 000 euros pour acquérir des terres. Le renouvellement des générations, via des fonds d'aide ou des structures foncières, restera au cœur de son action, toujours guidé par “le bon sens paysan”.
La Safer Occitanie a d'ailleurs servi de modèle pour la création de la Safer en Guyane, preuve de son efficacité.



