Une visite ministérielle ciblée dans un territoire en tension
La ministre de l'Agriculture, Annie Genevard, a effectué ce vendredi une visite sur une exploitation laitière à Aiffres, dans les Deux-Sèvres. Cette commune se situe à seulement 25 kilomètres de Melle, où le collectif Bassines non merci organise du 26 au 28 mars trois jours d'événements, marquant le triste anniversaire des affrontements entre gendarmes et militants écologistes autour de la bassine de Sainte-Soline. Dans ce contexte, la présence de la ministre n'est pas une surprise totale, mais elle revêt une symbolique forte.
Un soutien affiché aux agriculteurs dans un département meurtri
Annie Genevard a clairement affiché son objectif : apporter son soutien aux agriculteurs et œuvrer à l'apaisement dans un territoire traumatisé par les questions d'accès à l'eau. « Il n'y a pas d'agriculture sans eau », a-t-elle répété, soulignant l'importance cruciale de cette ressource pour le secteur agricole. La visite a été particulièrement encadrée, avec un déploiement notable de forces de l'ordre, reflétant les tensions persistantes dans la région.
Lors de cette escapade ministérielle, la ministre a été accueillie par Didier Sabourin et ses six associés du GAEC Lactagri, qui lui ont remis des fromages, du lait et du beurre d'Échiré. Des représentants des principaux syndicats agricoles, tels que la FNSEA, la Coordination rurale et la Confédération paysanne, ainsi que des élus locaux et le président de la chambre d'agriculture interdépartementale, Denis Mousseau, étaient également présents.
Des préoccupations économiques et environnementales au cœur des discussions
Les échanges ont porté sur plusieurs sujets brûlants pour les agriculteurs :
- Les hausses « insoutenables » des charges, notamment liées au gazole non routier (GNR) et aux engrais azotés, dans un contexte international tendu.
- La nécessité de l'irrigation pour des cultures comme le maïs, essentiel pour la production du beurre d'Échiré, dont le cahier des charges exige que les laitières soient nourries à 50 % de cette céréale.
- La réduction de 50 % des volumes d'eau accordés l'an passé, selon Didier Sabourin, ce qui complique la gestion des exploitations.
Denis Mousseau a insisté sur l'importance de l'accès à l'eau : « Dans ce département, un agriculteur sur quatre est irrigant. L'accès à l'eau nous permet d'être autonomes en fourrage, en production de semences, mais aussi d'avoir une agriculture performante qui donne envie aux jeunes ». Il a rappelé que les Deux-Sèvres sont le deuxième département de la région en nombre d'installations de jeunes agriculteurs, après les Pyrénées-Atlantiques.
Des réponses politiques attendues, mais encore floues
Face à ces préoccupations, Annie Genevard a évoqué des mesures gouvernementales, comme le maintien de la détaxe sur le GNR jusqu'en 2027, représentant un effort de 1,3 milliard d'euros. Elle a également annoncé son intention de demander à l'Europe la suspension temporaire du mécanisme d'ajustement carbone aux frontières (MACF), une taxe carbone qui pèse sur les importations d'engrais, aggravant la situation des agriculteurs.
Concernant la loi d'urgence agricole, longtemps attendue, la ministre a promis des réponses avant l'été. « Il faut que les projets structurants de ressources de substitution purgés de contentieux avancent. La loi d'urgence va apporter des mesures pour alléger les procédures sans pour autant les effacer, pour les accélérer », a-t-elle déclaré. Elle a insisté sur la nécessité de concilier développement agricole et respect de l'environnement, en privilégiant les usages multiples de l'eau.
Malgré ces annonces, les agriculteurs restent dans l'attente de solutions concrètes. Comme le souligne l'article, « il va devoir encore couler beaucoup d'eau pour rassasier les paysans irrigants », illustrant le chemin restant à parcourir pour apaiser les tensions et répondre aux besoins du secteur.



