Gard : la flambée des prix de l'énergie plonge agriculteurs et entrepreneurs dans la tourmente
Depuis la fin du mois de février, une hausse spectaculaire du prix de l'essence et du carburant secoue plusieurs secteurs économiques du département du Gard. Les agriculteurs, déjà fragilisés, ainsi que les entreprises du bâtiment et des travaux publics, font face à une inflation soudaine qui menace la viabilité de leurs activités. Cette situation découle directement du déclenchement de la guerre en Iran le 28 février dernier, un conflit au Moyen-Orient qui a provoqué des tensions sur les marchés mondiaux de l'énergie et des matières premières.
Le bâtiment et les travaux publics sous pression
Lors d'un bureau tenu ce vendredi 27 mars, les membres de la Fédération française du bâtiment du Gard ont exprimé leur vive inquiétude face à ce contexte économique tendu. Le secrétaire général Olivier Polge a dénoncé des pratiques spéculatives : "C'est le jeu de certains de profiter d'une crise pour spéculer et augmenter les prix des matériaux. Dans le bâtiment, outre la hausse du prix du carburant, il y a celle du PVC, des produits d'étanchéité. Problème : nos marchés sont signés à prix fixe." Seules certaines entreprises peuvent bénéficier de clauses de révision, une situation qui reste minoritaire.
La FFB a recensé des augmentations vertigineuses sur le terrain :
- +46% sur le cuivre
- Une hausse significative du prix des câbles électriques
- Entre +15 et +20% sur le PVC
Le président de la FFB du Gard, Pierre Martin, a récemment demandé la création d'un observatoire public pour établir les prix des matériaux de construction. Il explique : "Il permettrait de prolonger ce qui se pratique pour certains marchés du BTP, avec des révisions de prix calées sur les index BTP calculées par l'Insee. Nous réclamons que les gros rouleurs du bâtiment bénéficient du même traitement que celui prévu pour d'autres secteurs." La fédération appelle également le gouvernement à soutenir les marchés publics et privés signés à prix révisables.
Face à cette crise naissante, la FFB a lancé un appel à un effort collectif, espérant que les maîtres d'ouvrage accepteront de participer à la prise en charge de ces surcoûts pendant un certain temps. Par ailleurs, de nombreux entrepreneurs du BTP envisagent désormais d'accélérer la transition de leur parc de véhicules vers l'électrique, une réflexion stratégique induite par la flambée des prix des carburants.
Les agriculteurs gardois en grande difficulté
Pour les agriculteurs du Gard, déjà éprouvés par les conséquences de la guerre en Ukraine en 2022, cette nouvelle crise est un coup dur. La hausse brutale du gazole non routier, communément appelé "rouge", met en péril de nombreuses exploitations. Selon la FDSEA du Gard, le prix du litre de GNR a carrément doublé depuis fin février.
Les organisations syndicales, la FDSEA et les Jeunes agriculteurs, ont mis en place des solutions locales comme les achats groupés, mais elles alertent avec force : "Stop aux mesurettes ! Stop à l'endettement comme seule réponse ! Nous avons besoin d'aides directes pour composer cette augmentation." La FDSEA du Gard exige un blocage des prix et a saisi les pouvoirs publics.
La visite d'Annie Genevard, ministre de l'Agriculture, de l'Agro-alimentaire et de la Souveraineté alimentaire, ce jeudi 26 mars dans le Gard, n'a pas apaisé les craintes. Lors d'un point presse au Mas des agriculteurs de Nîmes, elle a souligné l'effort "considérable" du gouvernement sur le GNR : "Nous avons mis en place un certain nombre de mesures conjoncturelles pour soulager les trésoreries qui en ont besoin. Ce sont des prêts conjoncturels, structurels, des reports de cotisations sociales, de certaines obligations fiscales." Cependant, de nombreux agriculteurs ont exprimé leur déception, s'attendant à des mesures plus robustes face à cette nouvelle tempête économique.
Contrairement à la crise de 2022, aucune pénurie de matériaux n'est actuellement constatée. Mais les professionnels du Gard savent, par expérience, que les prix une fois envolés ne retrouvent que rarement leur niveau d'avant-crise. Cette double peine pour l'agriculture et le BTP illustre la vulnérabilité de secteurs essentiels face aux soubresauts géopolitiques et aux fluctuations des marchés de l'énergie.



