La Foire de Brignoles se réinvente pour célébrer l'agriculture et attirer les foules
Foire de Brignoles : renouveau agricole et innovations festives

La Foire de Brignoles : un événement centenaire en pleine mutation

Créée en 1921, la Foire de Brignoles, qui se déroule jusqu'à dimanche, tente de se renouveler en s'adaptant aux réalités contemporaines tout en recentrant son essence sur l'agriculture, un secteur au cœur des préoccupations politiques actuelles. Ce salon XXL, véritable institution varoise, cherche à coller davantage à l'époque pour attirer un public large et diversifié.

Une inauguration sous le signe de la convivialité et des enjeux agricoles

Ce samedi à 11 h 02, dans les allées de la Foire de Brignoles, la délégation officielle emmenée par le président du Var Jean-Louis Masson (LR) a coupé le ruban tricolore et entonné l'hymne provençal. Rapidement, les élus se sont arrêtés pour déguster du blanc de blancs au stand Vin fou, puis une tranche de coppa et de filet mignon séché aux Délices paysans à 11 h 03, suivie d'une tournée de whisky d'érable offerte par les Gentils Caribous une minute plus tard. Cette séquence illustre l'ambiance festive et gourmande de l'événement, fréquenté par de nombreux élus, dont plusieurs en campagne pour les sénatoriales.

Didier Brémond, maire (LR) de Brignoles, s'amuse de cette effervescence : « C'est The place to be ». Il se réjouit que la foire centenaire ait « retrouvé son âme agricole » dans un département aux cultures variées, tout en soulignant les défis du secteur : « Il y a des difficultés, à nous de faire remonter les problématiques à Paris. Ils sont plus intelligents que nous, mais ils font moins bien. » La sénatrice (LR) Françoise Dumont abonde : « Cette foire, c'est la mise en avant de notre ruralité, de nos racines ». Frank Giletti, député (RN) de la 6e circonscription, ajoute : « C'est le moment de soutenir nos agriculteurs, plombés par les normes et la hausse des carburants ». Jean-Louis Masson a, quant à lui, insisté sur le développement de la pistache, « une culture à très forte plus-value ».

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Innovations et stratégies pour attirer jusqu'à 50 000 visiteurs

Pour cette nouvelle édition, les organisateurs anticipent entre 45 000 et 50 000 visiteurs jusqu'au dimanche 19 avril, soit une légère hausse par rapport à 2025. Thierry Ballatore, président de la Foire de Brignoles en Provence Verte, explique : « Ce n'est pas un salon, c'est une balade. Chaque année, on essaie d'innover en collant aux réalités de l'époque, avec des spectacles équestres, un salon du gaming ou encore trois nocturnes cette fois-ci ». Il redoute cependant l'impact de la hausse du prix de l'essence sur la fréquentation, qui représente 10 % des recettes.

Malgré cet imprévu, Ballatore mise sur « une envie de moments de convivialité, festifs » à un « coût pas trop élevé » – l'entrée est fixée à 7 euros pour un adulte – et sur « de nombreux lots à gagner ». Pour attirer la foule, 29 influenceurs, dont une Anglaise, ont été mobilisés sur des thématiques comme le voyage, la déco et la gastronomie. La communication a aussi été boostée par un poisson d'avril annonçant la venue de Karine Le Marchand pour le tournage de L'amour est dans le pré.

Le budget de l'événement dépasse 1,2 million d'euros, financé par 170 000 euros de subventions (dont 110 000 euros de l'agglomération présidée par Didier Brémond), 100 000 euros du club des entrepreneurs et ses 80 adhérents, et environ 650 000 euros hors taxes provenant de la vente de stands « à la carte ». Ces stands varient de 1 500 euros pour un petit espace intérieur à 30 000 euros pour 50 m² en extérieur. Thierry Ballatore affirme : « 100 euros investis ici, c'est au moins 200 euros de gagnés. Certains peuvent même avoir une rentabilité multipliée par huit ! ».

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Témoignages de visiteurs : entre traditions et découvertes

Parmi les 45 000 visiteurs attendus, des habitués et des novices partagent leurs attentes. Priscilla et David, pompiers, avaient acheté un canapé concept lors d'une précédente édition pour environ 3 000 euros. Cette fois, leur fils Tylan, 10 ans, rêve d'un 4x4 électrique télécommandé après une initiation à la conduite, mais rien n'est à vendre sur le stand de la fédération française d'aéromodélisme. La famille prévoit toutefois de se rendre à la Grande ferme, une attraction populaire depuis trente-huit éditions, pour acheter une poule supplémentaire.

Un couple de retraités valettois, Nathalie et Gérard, sont venus « prendre l'air, se détendre » et chercher des idées d'ameublement. Ils ont été abordés par un vendeur de panneaux photovoltaïques, mais Gérard, 78 ans, constate : « 17 000 euros les quatre panneaux, c'est fait cher. Ce n'est pas à nos âges qu'on va s'engager sur vingt ou trente ans ». Deux Londoniens, Daniel et son ami, se sont pris en selfie devant une réplique de Ford 32, mais Daniel, ancien mécanicien, a été freiné par les prix des voitures électriques, comme une GMG à 25 000 euros.

Marielle et Eric, originaires de Lyon, ont acheté du saucisson et de la coppa aux Délices Paysans. Marielle avoue : « J'aimerais bien voir George Clooney. Je sais qu'il habite Brignoles ». Ils apprécient « ce mélange de foire et d'animations », similaire à la Foire de Beaucroissant près de Grenoble, et louent « une belle organisation et des gens sympas ».

Exposants : entre fidélité historique et quête de visibilité

Alors que 70 % des exposants reviennent chaque année, de nouveaux entrepreneurs tentent leur chance. Francis de Carvalhaès, présent depuis 38 éditions, gère la Grande ferme, une tente remplie de volailles et d'animaux de basse-cour qui attire les foules. Il vend « dix poules pondeuses rouges et un coq à 35 euros » et mise sur la fidélisation de ses clients. Ce matin d'ouverture, il est contrarié car un acheteur est parti sans payer une chèvre naine de 125 euros.

De l'autre côté, Sébastien Boissé, autodidacte seynois, expose pour la première fois des braséros design en acier et une trappe automatique pour caves, tous fabriqués à Signes. Avec sa femme, il a investi 12 000 euros pour un stand de 50 m² sur neuf jours, espérant 50 000 euros de chiffre d'affaires. Il propose 15 % de remise et a déjà vendu un brasero double foyer personnalisé à 3 000 euros au restaurant Chez Bruno à Lorgues. Il table sur la visibilité pour développer son entreprise de vente en ligne, créée il y a un an.

La Foire de Brignoles incarne ainsi un équilibre entre tradition agricole et innovations modernes, cherchant à séduire un public varié tout en soutenant les acteurs locaux dans un contexte économique challenging.