Dordogne : La Chambre d'agriculture se réunit dans un climat tendu malgré les apparences
Dordogne : Climat tendu à la Chambre d'agriculture

Une réunion sous haute tension malgré les déclarations apaisantes

La Chambre d'agriculture de Dordogne s'est réunie en session ordinaire ce mardi 24 mars, deux mois après les vagues de manifestations agricoles qui avaient secoué le département. Ces mobilisations, marquées par des blocages de l'A89, des rassemblements devant la préfecture de Périgueux et des centres des impôts, avaient conduit la préfète Marie Aubert à déposer plainte pour certaines actions non déclarées.

Un climat officiellement « serein et apaisé »

La première réunion depuis ces événements tumultueux s'est déroulée au pôle interconsulaire de Coulounieix-Chamiers. À la tribune, le président Rémi Dumaure, le directeur Julien Michau, le directeur départemental des territoires Christophe Leyssenne et la préfète Marie Aubert représentaient les différentes parties prenantes. Alors que la colère continue de gronder dans les fermes, cette rencontre s'annonçait particulièrement délicate.

Après quatre heures et demie de débats intenses, la préfète a conclu la séance en évoquant « un climat serein et apaisé », remerciant l'assemblée pour cette atmosphère. « Notre agriculture souffre et il faut qu'on la joue collectif pour essayer de faire progresser les sujets », a-t-elle exhorté, recevant des applaudissements timides des représentants de la Coordination rurale (majoritaire), de la FDSEA-JA et de la Confédération paysanne.

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Les tensions resurgissent rapidement

Cette apparente sérénité n'a cependant pas duré longtemps. Dès la première motion soumise au vote, la Coordination rurale a fustigé « l'absence d'écoute et de considération » des pouvoirs publics, évoquant une « profonde lassitude » et une « perte de confiance ». Le syndicat a même menacé de « durcir le ton » si la situation ne s'améliorait pas.

Marie Aubert s'est montrée visiblement irritée par cette motion, regrettant « une tonalité assez désagréable ». « Je n'ai pas l'impression que nous ne fassions rien. Malgré un contexte très dur, on n'a pas rompu le dialogue, je vous ai toujours reçus. C'est assez injuste pour le travail des services de l'État », a-t-elle répliqué avec fermeté.

Le président critique l'État « absent »

Le président Rémi Dumaure, tout en assurant ne pas avoir participé à la rédaction du texte de la Coordination rurale, n'a pas épargné l'État dans ses critiques. Il a dénoncé « l'État et le gouvernement absents » face au « malaise agricole immense » qui traverse la profession. Puis, dans un revirement diplomatique, il a tenté d'apaiser la préfète en lui conseillant : « Vous prenez les choses trop personnellement. »

Les divisions syndicales s'affichent au grand jour

Les débats ont également révélé les profondes divergences entre les organisations professionnelles. Si la Confédération paysanne partage le constat des difficultés du monde agricole, elle s'oppose aux solutions proposées par les autres syndicats. Elle a présenté une motion pour « affirmer publiquement les principes de transparence » dans le fonctionnement de la chambre, suscitant l'incompréhension de la Coordination rurale.

« La Cour des comptes n'a rien à reprocher à la chambre, vous non plus d'ailleurs. Mais on dirait que vous doutez de l'institution, ça me gêne », a réagi Baptiste Lalet, le deuxième vice-président. La motion a finalement été adoptée, mais avec 11 voix contre, montrant les fractures internes.

L'unanimité sur un seul sujet : la hausse des carburants

Malgré ces divisions, tous les syndicats se sont accordés pour dénoncer la hausse « drastique » du prix des carburants, notamment le gazole non routier (GNR) essentiel aux exploitations agricoles. Rémi Dumaure a vivement critiqué « un gouvernement qui fait de l'enfumage », pointant du doigt les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur les coûts de production.

« Vous balancez des missiles, vous polluez la planète, ça ne vous pose pas de problème. Et vous nous emmerdez dans nos exploitations pour savoir si on met le bon produit au bon moment ! », a-t-il lancé avec colère, résumant le sentiment d'injustice qui anime le monde agricole.

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Cette session a démontré que si les formes de la protestation ont évolué depuis les manifestations de l'hiver, la colère des agriculteurs reste bien vivante. La hache de guerre est loin d'être enterrée, et les prochains mois s'annoncent décisifs pour l'avenir de l'agriculture en Dordogne.