Conflit d'usage agricole à Clermont-l'Hérault : une ferme caprine lance une pétition
La ferme des Caprices, située à Nébian dans l'Hérault, alerte sur une situation critique qui menace son existence. L'exploitation caprine risque de perdre l'accès à 30 hectares de pâturages sur le massif de la Ramasse, côté Clermont-l'Hérault, suite à la signature d'une convention entre la municipalité et une autre agricultrice.
Une pétition qui dépasse les 10 000 signatures
Dimanche dernier, Maryne Dupont et Laurence Lallement, coresponsables de la ferme des Caprices, ont lancé un appel à soutien intitulé "Sauvons la ferme des caprices, non à une décision injuste qui condamne une ferme locale engagée". En quelques jours seulement, cette pétition a recueilli plus de 10 000 signatures, démontrant un fort soutien populaire.
"On ne s'attendait pas à un tel engouement. Mais tant mieux", confie Maryne Dupont, visiblement touchée par cette mobilisation spontanée.
Une situation critique pour l'élevage caprin
La ferme des Caprices élève 90 chèvres qui nécessitent environ 2 hectares par animal et par an pour se nourrir sans surpâturage. Actuellement, l'exploitation dispose de 170 hectares au total, mais cette surface est déjà légèrement inférieure aux besoins réels.
"Si nous perdions l'accès à cette parcelle côté Clermont, cela nous ferait perdre 30 hectares or, avec 170 hectares au total, nous sommes déjà légèrement en dessous de la surface nécessaire", explique Maryne Dupont.
Cette perte aurait des conséquences financières directes, car les aides de la Politique Agricole Commune (PAC) sont directement liées à la surface exploitée. De plus, la zone de la Ramasse, côté Clermont, est éligible à l'appellation Pélardon, un atout important pour la valorisation des produits.
L'autre partie du conflit : un projet d'élevage bovin
Anne-Sophie Albert, qui exploite la ferme des Cochons de la garrigue à Clermont, a signé une convention avec la municipalité pour diversifier son activité vers l'élevage bovin. Elle a acheté des vaches de race Galleway, adaptées à la garrigue et aux sols pauvres.
"Sincèrement, initialement, j'ignorais totalement que ces éleveuses mettaient leurs chèvres côté Clermont", déclare Anne-Sophie Albert. "La mairie m'a contactée il y a six mois pour mettre en place de l'écopâturage sur des terres communales."
L'agricultrice affirme avoir pris des dispositions pour partager l'espace : "J'ai contacté les chevrières pour proposer de leur laisser cette zone accessible, elle n'est pas clôturée. Il y a de la place pour tout le monde. Mais il n'y a pas de dialogue", regrette-t-elle.
La position de la municipalité
Jean-Marie Sabatier, premier adjoint à la mairie de Clermont-l'Hérault, confie ignorer totalement que des chevrières utilisaient la Ramasse, côté Clermont. Surpris par le lancement rapide de la pétition, il se montre néanmoins confiant : "Nous allons trouver une solution pour que chacun ait sa place".
La convention signée avec Anne-Sophie Albert s'inscrit dans le cadre des Obligations légales de débroussaillement. "L'objectif : c'est de débroussailler...", précise l'élu municipal.
Une élue d'opposition s'empare du dossier
Marie Crémieux, conseillère municipale d'opposition récemment élue, appelle le maire de Clermont-l'Hérault à "revoir sa position et à ouvrir un véritable dialogue avec les acteurs concernés".
"Derrière la Ferme des Caprices, il y a des femmes et des hommes engagés, un savoir-faire précieux, une production locale de qualité, et un modèle agricole que nous devons soutenir et développer", souligne-t-elle.
Un accord verbal devenu problématique
Les responsables de la ferme des Caprices expliquent que leur exploitation utilise ces terres communales depuis huit ans, sur la base d'un accord verbal avec la municipalité. "Il y a d'autres parcelles sur Clermont, mais elles sont trop éloignées de notre exploitation, à Nébian", précise Maryne Dupont.
Cette situation met en lumière les fragilités des accords non formalisés dans le monde agricole, particulièrement dans un contexte où la pression sur les terres cultivables et pastorales ne cesse d'augmenter.
Deux modèles agricoles à concilier
Le conflit oppose deux visions de l'agriculture locale : d'un côté, la ferme des Caprices avec son élevage caprin traditionnel et ses fromages de qualité ; de l'autre, la ferme des Cochons de la garrigue qui cherche à diversifier ses activités avec un élevage bovin adapté à l'écopâturage.
Les deux exploitations méritent d'être soutenues selon les acteurs locaux, mais la question de la répartition des terres communales reste entière. La mobilisation citoyenne via la pétition et l'intervention des élus locaux pourraient ouvrir la voie à une médiation et à une solution équitable pour toutes les parties prenantes.



