Les jumelles Gratianne et Christine Mallet ont donné les clés de leur boulangerie au nouveau propriétaire le 30 avril 2024, mettant un point final à plus d'un siècle d'histoire familiale. Retour sur cette aventure avec l'article paru à l'époque.
Une notoriété qui talonne Montesquieu
Au palmarès de la notoriété brédoise, les sœurs Mallet talonnent Montesquieu. « Que de rencontres géniales pendant quarante ans ! » s'éclaire Gratianne. « Oh oui ! Nous avons eu beaucoup de chance », reprend de volée Christine. La sœur jumelle prévient : « J'ai l'habitude de compléter ses phrases. » Difficile de dire qui illumine le plus la boulangerie située au rond-point de l'avenue Charles-de-Gaulle. Le chemisier rutilant de l'une ? La veste rose flashy de l'autre ? Ou tout simplement leurs sourires. La bonne humeur des frangines est communicative. « Je pense que nos clients se sentent bien quand ils viennent ici », résume Gratianne, qui multiplie les compliments comme le pain.
Une vente qui ouvre de nouvelles perspectives
L'aventure des sœurs Mallet s'arrête le 30 avril. « On compte les jours », reconnaissent les sexagénaires. La boulangerie a été vendue à un repreneur venu de Camblanes-et-Meynac. Avec une perspective qui devrait intéresser les habitants de la Brède : la future boulangerie sera également une pâtisserie.
Veto pour la cinquième génération
Dans le four des sœurs Mallet : plus d'un siècle d'histoire familiale. Les arrière-grands-parents (Camille et Aurélie) ont ouvert leur atelier pendant la Grande Guerre en 1916, rue Latapie. Deuxième génération avec les grands-parents (René-Gabriel et Anita), rue Montesquieu. Troisième : Jean-Camille et Thérèse Mallet. La quatrième : Gratianne et Christine. La suite ? « Mon fils est boulanger à La Réunion. Il était très motivé pour prendre la suite. » Christine a mis son veto. Pas question de plonger le fiston dans le pétrin : « Il y a beaucoup trop de charges depuis notre déménagement du bourg en 2007. Et la concurrence est rude à La Brède. »
Place aux autres
Les sœurs Mallet partent sans nourrir trop de regrets. Le revers de la médaille : « rythme infernal », « deux semaines de vacances par an seulement », « travail 7 jours sur 7 », « course infernale pour rembourser les emprunts », etc. En un mot : « La retraite va nous faire du bien. » Gratianne profitera du bassin d'Arcachon entre deux ateliers de méditation. Christine ira voir sa fille aux États-Unis et son fils à La Réunion.
Rien ne dure toujours
Elles ne gardent que le positif : les confidences des clients autour d'une tasse de thé, les blagues entre les baguettes, les chansons à tue-tête et « l'ambiance détendue, presque familiale ». L'écrivain Eric Holder a posé un jour son stylo dans « ce village entouré de vignes et de pinèdes, où de vraies jumelles tiennent la boulangerie ». Il faut reprendre ses mots pour décrire la fin de l'aventure de la famille Mallet : « Après avoir fourni tant de baguettes, servi tant de cafés, entendu cent fois la météo (et même des millions de fois), on voudrait que cela dure toujours. » Rien ne dure toujours. La boutique changera de nom au mois de mai avec l'arrivée du nouveau propriétaire. La concurrence sur le marché du pain sera toujours aussi intense avec La Boulangerie brédoise de l'avenue du château, L'Atelier des saveurs en face du Parc de l'Espérance, le supermarché, les épiceries et les magasins bio. Le groupe Marie Blachère est aussi en discussion pour s'implanter à côté de Loulou Primeurs.



