Le vin de Bordeaux lance une offensive stratégique pour sa reconquête
Après cinq années d'absence, l'interprofession bordelaise a fait son retour à Paris ce mardi 24 mars, dans un contexte de crise profonde pour le vignoble girondin. Le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux (CIVB) a réuni une vingtaine de journalistes spécialisés, nationaux et internationaux, pour dévoiler un plan ambitieux de relance.
Un changement de paradigme nécessaire
Face à un vignoble amputé de 20 000 hectares avec 10 000 supplémentaires menacés d'arrachage d'ici l'année prochaine, et une dépendance problématique aux marchés chinois et américains en berne, le CIVB reconnaît la nécessité d'une transformation radicale. « Ce n'est pas la notoriété qui nous fait défaut mais la désirabilité », martèle Jean-Pierre Durand, négociant en charge de la promotion au sein de l'interprofession.
La nouvelle stratégie se concentre sur plusieurs axes prioritaires :
- Cibler les réseaux sélectifs (cavistes, restaurateurs, bars à vins)
- Toucher la génération des 25-40 ans
- Développer des produits adaptés aux nouvelles habitudes de consommation
- Réduire les coûts de promotion avec un budget passé de 20 à 11 millions d'euros
Innovation produit au cœur de la reconquête
L'interprofession a présenté plusieurs nouveautés destinées à séduire les nouveaux consommateurs :
- Le médoc blanc qui sera commercialisé le mois prochain
- L'entre-deux-mers rouge lancé en 2025
- Le claret, un vin rouge léger et fruité qui fera l'objet d'une promotion spéciale à Londres, Paris et Bordeaux au printemps
« Nous avons énormément de travail à réaliser pour répondre aux nouveaux modes de consommation, à ces personnes qui veulent simplement boire en terrasse, en afterwork, ou déguster des vins au verre », insiste Florence Bossard, directrice marketing du CIVB.
Une approche commando sur les marchés internationaux
L'interprofession adopte une méthode offensive pour ses exportations. Un premier groupe de 28 opérateurs girondins, formés spécifiquement, participera au salon Vinitaly d'avril à Vérone. « Ce n'est pas tant pour nous rendre visible des Italiens, plutôt pour montrer aux distributeurs étrangers, notamment américains, que nous sommes là pour les accompagner dans la vente de nos produits », précise Jean-Pierre Durand.
Nouvelles régions cibles à fort potentiel
La stratégie d'exportation évolue radicalement. Alors que seulement quelques pays étaient ciblés depuis plus de dix ans, le CIVB étend désormais sa promotion à des régions à haut potentiel :
- L'Inde
- Certains États d'Amérique du Sud
- Des marchés africains où les exportations connaissent une croissance à deux chiffres
« Notre école du vin forme des restaurateurs ou sommeliers de ces pays qui vont ensuite faire passer le message. Il s'agit d'un travail de fond. C'est clairement moins cher et bien plus efficace sur la durée qu'une publicité 4x3 achetée en plein cœur de Rio de Janeiro », explique Christophe Chateau, directeur de la communication.
« Faire mieux avec moins »
Face aux critiques des viticulteurs en crise et aux contraintes financières, les dirigeants du CIVB répètent ce mantra. Le rétrécissement du vignoble et la perte de nombreux vignerons ont contraint l'interprofession à opérer des choix stratégiques drastiques. La formation des acteurs de la filière devient une priorité pour défendre efficacement le vignoble bordelais sur les marchés internationaux.
Cette conférence de presse parisienne marque ainsi un tournant dans la communication de l'interprofession bordelaise, qui cherche à concilier innovation produit, stratégie export ciblée et adaptation aux nouvelles attentes des consommateurs, dans un contexte économique particulièrement difficile pour la filière viticole girondine.



