Ardennes : des maraîchers portent plainte après la contamination de leurs terres par les PFAS
Ardennes : plainte de maraîchers pour contamination aux PFAS

Ardennes : des maraîchers portent plainte après la contamination de leurs terres par les PFAS

Installés à Haraucourt dans les Ardennes, un couple de maraîchers, Anne et Sébastien Abraham, a déposé plainte pour « mise en danger de la vie d'autrui ». Leur activité agricole est à l'arrêt complet en raison de la contamination de leurs cultures par les PFAS, ces polluants éternels particulièrement nocifs pour la santé et l'environnement.

Une plainte déposée pour plusieurs chefs d'accusation

Le 27 mars dernier, les maraîchers ont également porté plainte pour « abandon de déchets provoquant une dégradation de la qualité du sol ou de l'eau » et pour « déversement dans les eaux souterraines de substances dont l'action ou les réactions entraînent des effets nuisibles sur la santé ». Leur avocat, Me Aurélien Desingly, a confirmé ces informations, révélées initialement par le Canard enchaîné. Le parquet de Charleville-Mézières n'a pas donné suite immédiatement à cette plainte.

Des taux record de PFAS dans les sols agricoles

Cette action judiciaire fait suite à une enquête publiée en février par France 3 et Disclose, qui a révélé des taux record de PFAS dans des sols agricoles de la Meuse et des Ardennes. Pendant des décennies, des boues industrielles ont été épandues sur ces terres, contaminant durablement l'environnement. L'enquête s'est appuyée sur 44 prélèvements analysés par un scientifique canadien, démontrant que ces polluants éternels « se sont infiltrés partout, des champs aux rivières, des parcelles agricoles aux nappes souterraines, des légumes au sang des habitants ».

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Le témoignage poignant des maraîchers

« Nous avons acheté la ferme il y a trois ans et nous n'étions pas informés des épandages de boues industrielles », a déclaré Anne Abraham, 47 ans. « Il n'y a eu aucun contrôle. On se retrouve avec des terres polluées qui n'auraient jamais dû l'être : ces boues auraient dû être détruites, pas épandues », a-t-elle regretté. Elle ajoute avec émotion : « Comment peut-on utiliser ce genre de produits ? C'est incompréhensible qu'aucune étude environnementale n'ait été réalisée. Nous avons nous-mêmes des taux de PFAS dans le sang qui explosent tous les seuils ».

La maraîchère précise qu'ils pratiquaient une agriculture raisonnée, sans produits chimiques ni phytosanitaires, bien qu'ils ne soient pas labellisés bio. La préfecture leur a interdit de vendre leurs produits en raison du danger pour la santé, mettant un terme brutal à leur activité.

Des restrictions d'eau potable dans douze communes

Depuis 2023, des campagnes d'analyses menées par l'Agence régionale de santé Grand-Est ont mis en évidence la présence de PFAS dans les ressources en eau des Ardennes, avec « des concentrations supérieures à la limite de qualité réglementaire fixée ». La préfecture a publié un communiqué jeudi dernier rappelant cette situation alarmante.

Conséquence directe : depuis 2025, douze communes des Ardennes, représentant environ 2.700 habitants, subissent des restrictions sur l'usage de l'eau potable. Un captage desservant 367 habitants sera équipé à partir de vendredi d'un filtre à charbon actif, permettant de rétablir une eau conforme aux normes sanitaires.

Un rapport scientifique alarmant sur les PFAS

Fin mars, un rapport scientifique a recommandé à l'Union européenne de restreindre largement l'utilisation des PFAS, sauf exceptions « ciblées ». Ce document pointe les risques croissants de ces substances chimiques pour la population, soulignant l'urgence d'agir face à cette pollution persistante.

Cette affaire illustre les défis majeurs posés par la contamination environnementale et ses conséquences dramatiques sur les agriculteurs et les habitants des zones touchées.

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