Ardennes : des maraîchers attaquent en justice après la contamination PFAS de leur ferme
Installés depuis trois ans dans les Ardennes, Anne et Sébastien Abraham, un couple de maraîchers, ont été contraints d'arrêter leur exploitation agricole après que la préfecture leur a interdit de vendre leurs produits. La raison ? Leurs terres, cultivées en agriculture raisonnée, seraient contaminées par des PFAS, des substances chimiques persistantes souvent qualifiées de polluants éternels. Leur avocat, Me Aurélien Desingly, a annoncé qu'ils ont déposé plainte le 27 mars pour mise en danger de la vie d'autrui, abandon de déchets et pollution des eaux souterraines.
Une contamination liée à des décennies d'épandages de boues industrielles
Cette action judiciaire fait suite à une enquête publiée en février par France 3 et Disclose, qui révélait des taux records de PFAS dans des sols agricoles de la Meuse et des Ardennes. Selon cette enquête, des boues industrielles ont été épandues pendant des décennies dans la région, contaminant profondément l'environnement. Les analyses de 44 prélèvements ont montré que ces substances toxiques se sont infiltrées partout : des champs aux rivières, des parcelles agricoles aux nappes souterraines, et même dans les légumes et le sang des habitants.
Anne Abraham a déclaré : Nous avons acheté la ferme il y a trois ans et nous n'étions pas informés des épandages de boues industrielles. Il n'y a eu aucun contrôle. On se retrouve avec des terres polluées qui n'auraient jamais dû l'être : ces boues auraient dû être détruites, pas épandues. Elle a également souligné que, bien qu'ils ne soient pas labellisés bio, ils pratiquaient une agriculture raisonnée, sans produits chimiques ni phytosanitaires.
Des niveaux alarmants de PFAS dans le sang des agriculteurs
Selon France 3 Grand Est, les agriculteurs, qui consommaient régulièrement leur propre production, ont fait tester leur sang par un laboratoire privé fin 2023. Les résultats sont alarmants : Sébastien Abraham présente 150 µg de PFAS par litre de sang, tandis que sa femme en a presque le double. Ces niveaux sont respectivement 18 et 33 fois supérieurs à la moyenne française établie par Santé Publique France en 2019, illustrant l'impact sanitaire grave de cette contamination.
Des conséquences étendues sur l'eau potable et l'environnement
Depuis 2023, des campagnes d'analyses de l'Agence régionale de santé Grand Est ont confirmé la présence de PFAS dans les ressources en eau des Ardennes, avec des concentrations dépassant les limites réglementaires. Un communiqué de la préfecture publié jeudi indique que, depuis 2025, 12 communes des Ardennes, soit environ 2 700 habitants, subissent des restrictions sur l'usage de l'eau potable. Pour remédier à cette situation, un captage desservant 367 habitants sera équipé à partir de vendredi d'un filtre à charbon actif, permettant de rétablir une eau conforme aux normes.
Par ailleurs, un rapport scientifique publié fin mars a recommandé à l'Union européenne de restreindre largement l'utilisation des PFAS, sauf exceptions ciblées, en raison des risques croissants que ces substances chimiques font peser sur la santé publique et l'environnement.
Le parquet de Charleville-Mézières n'a pour l'instant pas confirmé le dépôt de la plainte, mais cette affaire met en lumière les défis persistants de la pollution industrielle dans les zones agricoles et les lacunes dans les contrôles environnementaux.



