La colère gronde à nouveau dans les campagnes françaises
Le monde agricole français, qui avait obtenu une victoire significative avec la suspension du traité de libre-échange UE-Mercosur en janvier dernier, se retrouve aujourd'hui confronté à une nouvelle crise majeure. La flambée des prix du gasoil non routier (GNR) et des engrais azotés fait ressurgir les tensions, avec des syndicats agricoles qui menacent de reprendre les mobilisations.
« 4 centimes de remise, c'est une misère »
La Coordination rurale, particulièrement touchée par la hausse du carburant, exprime son exaspération face aux mesures gouvernementales jugées dérisoires. « L'État se fout de nous en nous exonérant de droit d'accise sur le gasoil non routier : 4 centimes de remise, c'est une misère alors que le prix est monté à 1,24 € le litre », dénonce Laurent Crouzet, coprésident de la Coordination rurale 34.
Le responsable syndical précise que le prix du GNR a plus que doublé en un mois, créant une situation intenable pour de nombreuses exploitations. « Le tarif du gasoil cristallise la colère », confirme-t-il, avant d'ajouter : « Si ça continue, on va ressortir les tracteurs ».
Une filière entière sous pression
La crise ne se limite pas au seul carburant. L'ensemble de la filière agroalimentaire subit les contrecoups de cette situation, avec une hausse parallèle des prix des engrais azotés. Martin Magne, directeur du développement du groupe Magne basé à Florensac, explique : « Les engrais contiennent aussi beaucoup d'azote, corrélé au prix du gaz et donc en forte hausse ».
Cette double pression financière affecte particulièrement les exploitants qui avaient retardé leurs achats par souci de trésorerie. Certains pourraient être contraints de modifier leurs pratiques culturales, avec des conséquences potentielles sur la qualité des récoltes.
La Confédération paysanne maintient son combat contre le libre-échange
De son côté, la Confédération paysanne adopte une position différente. Nicolas Vitou, référent de la section héraultaise, précise : « Nos agriculteurs, sur de plus petites exploitations, tournées vers des modes de production plus raisonnables et écologiques, sont moins impactés à ce niveau ».
Le syndicat concentre plutôt ses efforts sur la lutte contre les traités de libre-échange, dont le récent accord entre l'Union Européenne et l'Australie. « Notre position est claire : le libre-échange c'est non ! », affirme le responsable, qui réclame l'instauration de clauses miroir pour protéger les productions françaises.
Mobilisations annoncées pour le 17 avril
La Confédération paysanne a déjà programmé des actions de protestation à partir du vendredi 17 avril dans la région Occitanie. « Nous allons cibler les maisons de l'Europe, à Perpignan, Nîmes, Montpellier avec comme demande de rencontrer des responsables pour faire remonter nos messages », annonce Nicolas Vitou.
Ces mobilisations s'annoncent comme le premier acte d'un possible regain de contestation dans le monde agricole français, qui pourrait rapidement déborder le cadre régional si aucune réponse satisfaisante n'est apportée aux difficultés économiques croissantes.



